Carpes asiatiques :
carpe à grosse tête, carpe argentée, carpe noire, carpe de roseau



Programme québécois de lutte contre les carpes asiatiques

Communiqué de presse émis le 14 juin 2016 - Carpe de roseau à Contrecoeur

Communiqué de presse émis le 31 mai 2016 - Le MFFP met en place le Programme québécois de lutte contre les carpes asiatiques

Statut de l’espèce

Espèces préoccupantes, aux portes du Québec.

Description, habitat et reproduction

La carpe est un membre de la famille des cyprinidés. L’expression  « carpe asiatique » désigne cinq espèces :

  • La carpe à grosse tête (Hypophthalmichthys nobilis)
  • La carpe argentée (Hypophthalmichthys molitrix)
  • La carpe noire (Mylopharyngodon piceus)
  • La carpe de roseau (Ctenopharyngodon idella)
  • La carpe à grandes écailles (Hypopthalmichthys harmandi)

La carpe à grandes écailles n’est capable de tolérer qu’une très petite fenêtre de températures, entre 21° et 24°C. Cette espèce ne pourrait donc pas survivre à long terme dans nos régions. Comme la probabilité que la carpe à grandes écailles s’établisse au Canada est négligeable, elle ne sera pas considérée dans cette fiche.

La carpe commune (Cyprinius carpio) est une autre espèce de carpe qui a été introduite en Amérique du Nord vers la fin des années 1800 et elle est maintenant si largement répandue, qu'elle est considérée comme étant une espèce naturalisée dans la plupart de nos régions.

Les diverses espèces de carpes asiatiques ne privilégient pas toutes les mêmes habitats et la même nourriture et leurs caractéristiques reproductives diffèrent également d’une espèce à l’autre.

La carpe à grosse tête

Carpe à grosse tête, © Chinese Academy of Fishery Sciences (CAFS)

La carpe à grosse tête possède un corps trapu, compressé latéralement. Son nom rappelle t sa large tête dont les yeux sont situés ventralement, en bas de la tête. Cette espèce a une grande bouche terminale orientée vers le haut, largement disproportionnée par rapport à la taille de sa tête. Son poids peut dépasser les 27 kg et elle peut atteindre jusqu’à un mètre de longueur, bien qu’elle mesure généralement entre 40 et 70 cm. Ces poissons ont de très petites écailles et de nombreuses taches irrégulières de couleur vert foncé qui parsèment leur dos et leurs flancs, les distinguant d’ailleurs de la carpe argentée. Cette espèce, teintée de gris sur le dos, se décolore progressivement jusqu’au blanc crème au niveau du ventre. La carpe à grosse tête se nourrit d’un éventail d’espèces de phytoplancton et de zooplancton (des micro-organismes végétaux et animaux), et ce, tout au long de l'année plutôt que de façon saisonnière seulement. Elle peut consommer jusqu’à 40 % de son poids en phytoplancton ou en zooplancton par jour.

Originaire de pays aux climats subtropicaux à tempérés, les carpes à grosse tête nagent à la surface des eaux de rivières et des lacs. Elles pondent leurs œufs dans de l’eau courante ce qui permet de les faire flotter, et elles ne se reproduisent d’ailleurs pas dans les eaux immobiles. Les femelles peuvent pondre jusqu'à un million d'œufs dans une saison. Elles atteignent la maturité vers l’âge de 3 à 4 ans.

La carpe argentée

Carpe argentée, ©Department of Fisheries and Allied Aquacultures, Auburn University, Alabama, USA.

La carpe argentée est un poisson dont le corps est trapu mais étroit, avec des yeux en bas de la tête, positionnés au niveau du ventre, comme la carpe à grosse tête, à la différence que la carpe argentée arbore une tête et une bouche plus petites. Cette espèce a de petites écailles uniformes argentées, une couleur olive à noire sur le dos et la tête, et un ventre pâle. Ses nageoires foncées contrastent avec le reste de son corps argenté. Comme la majorité des autres carpes asiatiques, sa taille et son poids sont imposants : elle peut mesurer plus de 1 m et peser plus de 40 kg. Dans des conditions favorables, elle se développe très rapidement. La carpe argentée est très efficace pour filtrer les particules en suspension dans l'eau, en utilisant ses branchies qui ont un effet spongieux. Un individu adulte consomme principalement du phytoplancton et des débris, mais peut aussi s’alimenter de petit zooplancton, et comme il n’a pas de véritable estomac, il doit sans cesse s’alimenter.

Cette espèce préfère les cours d’eau et les chenaux aux eaux calmes et les lacs, et elle supporte des climats tempérés, bien qu’elle soit aussi capable de se nourrir dans des eaux à moins de 2,5 °C. Elle nage généralement proche de la surface de l’eau et tolère de faibles niveaux d’oxygène. Tout comme la carpe à grosse tête, la carpe argentée a besoin d'eau courante pour pondre, de sorte que ses œufs, dont la production varie selon les conditions de 50 000 à 5 millions, flottent à la dérive et se développent rapidement. Elle arrive à maturité vers l’âge de 3 à 5 ans.

La carpe noire

Carpe noire, ©Chinese Academy of
Fishery Sciences (CAFS)

La carpe noire est longue et de forme cylindrique. Elle grossit rapidement pour atteindre une taille supérieure à un mètre (jusqu’à 2 mètres) et pèse, en moyenne, 16 kg. Cette carpe peut être de couleur variable, mais elle demeure toujours foncée. De façon générale, sa couleur varie de brun à noir sur le dos et les flancs, tandis que le ventre peut être occasionnellement blanc lorsqu’il n’est pas sombre. Les nageoires sont gris-noir et la queue est fourchue. Les écailles sont cerclées de noir sur tout le corps. L'apparence de la carpe noire est semblable à celle de la carpe de roseau, à l'exception des branchies qui sont fusionnées et dures car elles servent à briser les coquilles de palourdes, d’escargots, de crustacés et de moules dont elle se nourrit exclusivement. Une carpe noire mature peut consommer de 1,4 à 2 kg de moules par jour et elle peut vivre jusqu'à 15 ans.

Les carpes noires supportent un large éventail de profondeurs dans les réseaux de rivières qu’elles fréquentent. Elles se retrouvent d’ailleurs plus bas dans la colonne d’eau que les autres carpes asiatiques. Selon sa taille, une femelle peut pondre de 130 000 à 1,2 million d'œufs par an. Cette carpe arrive à maturité vers l’âge de 6 à 11 ans.

La carpe de roseau

carpe de roseau

Carpe de roseau

La carpe de roseau est fusiforme, légèrement comprimée latéralement et mesure de 50 à 90 cm, mais elle peut atteindre 1,25 m et peser plus de 50 kg. Sa couleur est semblable à celles de la carpe commune (qui, elle, a des barbillons) et de la carpe noire mais elle est plus claire que celles-ci. Elle arbore un dos de couleur brun olive qui se dégrade vers le blanc sur le ventre avec des reflets de couleur or sur les flancs. Tout comme la carpe noire, sa tête est courte, son museau est arrondi et sa queue est fourchue. Elle possède de grosses écailles délimitées de noir. Sa bouche sans barbillon est particulièrement adaptée pour manger la végétation aquatique et ce poisson herbivore peut ingérer jusqu’à 40 % de sa masse corporelle de plantes chaque jour.

La carpe de roseau fréquente les lacs, rivières et étangs ayant de la végétation, contrairement à la carpe argentée et la carpe à grosse tête qui vont plus au large pour se nourrir de plancton. Elle tolère une grande gamme de températures et de faibles concentrations d’oxygène. La maturité est atteinte entre 1 et 10 ans chez cette espèce et elle préfère pondre ses œufs, de 1000 à 2 millions (moyenne de 500 000) dans des eaux vives, ce qui leur permet de flotter. Les jeunes se nourrissent de petits organismes, jusqu'à ce qu'ils atteignent environ 8 cm de longueur où ils commencent à se nourrir exclusivement de matière végétale et mangent quotidiennement jusqu'à trois fois leur propre poids.

Comment distinguer la carpe commune et les carpes asiatiques?

(Cliquer pour voir la fiche complète)

Que faire lorsque vous croyez avoir capturé une carpe asiatique?

Il est important de :

NE PAS L'ASSOMMER
Afin de garder intactes les structures crâniennes.

NE PAS L'ÉVISCÉRER
Il est important de conserver tous les organes internes.

LA CONSERVER SUR LA GLACE OU AU RÉFRIGÉRATEUR LE PLUS TÔT POSSIBLE
Si vous avez un très gros spécimen qui n'entre pas dans un réfrigérateur, vous pouvez sectionner la tête en vous assurant de faire l'incision derrières les nageoires pectorales afin de bien conserver les branchies. Assurez-vous de conserver la tête.

NE PAS LE CONGELER
Le spécimen peut être congelé après 24 heures s'il n'a pas été récupéré par le Ministère.

PRENDRE NOTE DES INFORMATIONS SUIVANTES :

  • Nom et coordonnées de l'observateur;
  • Date et heure de capture;
  • Secteur de capture (coordonnées GPS si disponibles);
  • Profondeur approximative de l'eau;
  • Engin de capture et espèce(s) visé(es);
  • Description sommaire de l'habitat (zone herbacée, courant, baie, chenal profond, près d'une île, etc.);
  • Photos du spécimen frais.

Dès qu'un spécimen est capturé ou que vous croyez avoir observé une carpe asiatique, communiquez avec le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs au 1 877 346-6763.

Historique de leur introduction et principaux vecteurs de propagation

Dans les années 1970, les carpes asiatiques ont été importées d’Asie par des aquaculteurs d’eau douce pour éliminer les végétaux et lutter contre la prolifération d’algues et de parasites dans les étangs d’élevage du sud des États-Unis. Deux espèces, la carpe argentée et la carpe à grosse tête, se sont échappées dans le milieu naturel lors des inondations de 1993. Les deux autres espèces, la carpe de roseau et la carpe noire, ont aussi été introduites accidentellement dans le milieu naturel quelques années plus tard. Des populations autonomes de trois de ces espèces de carpe (roseau, à grosse tête et argentée) sont maintenant établies, en particulier dans le bassin du Mississippi. En ce qui concerne les carpes noires, elles ne sont pas encore établies et elles sont maintenues dans des centres de recherche et par quelques éleveurs de poissons pour contrôler les populations de parasites dans la culture des barbues de rivière. Deux barrières électrifiées, dissuadant la migration des poissons sans les tuer, ont été érigées entre 2002 et 2006 à la frontière du lac Michigan. À deux reprises pendant l’année 2009, des scientifiques ont pourtant découvert la présence d’ADN environnemental (présence d’excréments ou autres tissus dans l’eau) des carpes argentée et à grosse tête au delà des barrières, indiquant que les poissons ont désormais atteint le lac Michigan. Le 23 juin 2010, une carpe à grosse tête a été trouvée dans le lac Calumet, au nord des barrières électrifiées à quelques kilomètre du lac Michigan.

À l’exception de la carpe noire, les carpes asiatiques se trouvent également dans les marchés d'alimentation et ce secteur commercial est en pleine croissance au Canada. Le commerce du poisson de consommation vivant est donc une autre voie possible d’introduction de cet envahisseur. Il n’y pas si longtemps, plus de 400 000 kg de carpes asiatiques étaient transportés chaque année des États-Unis jusqu’aux marchés ontariens. La crainte de propagation repose donc sur la libération des carpes vivantes dans l’environnement lors de certains rituels religieux. C’est pour cette raison que la possession de ces poissons vivants est maintenant interdite dans plusieurs provinces et États.

Distribution connue

Les carpes asiatiques ne sont pas encore présentes au Québec, mais tout porte à croire que ces quatre espèces pourraient s’établir et tolérer les eaux fraîches des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent étant donné leur provenance, soit le nord de la Chine et la Sibérie. Trois espèces, la carpe à grosse tête, la carpe argentée et la carpe de roseau, sont considérées comme les plus préoccupantes pour les eaux du Québec. La carpe à grosse tête et la carpe argentée se trouvent abondamment dans les bassins du Mississipi et la rivière Illinois situés au sud des Grands Lacs. Il faut s’inquiéter du marché lié aux carpes asiatiques vivantes dans les poissonneries québécoises, particulièrement de la carpe de roseau, car l’on craint qu’elle puisse être remise à l’eau. La carpe de roseau a déjà été trouvée dans trois provinces canadiennes, soit l’Alberta, le Saskatchewan et l’Ontario, bien qu’il n’y ait aucun indice de reproduction jusqu’à maintenant.

Impacts de son introduction

Les quatre espèces de carpes asiatiques représentent une menace pour les écosystèmes aquatiques en raison de leur taille imposante qui les soustrait aux prédateurs, de leur capacité à se reproduire (milliers d’œufs capables de se disperser facilement, car non adhésifs), de leur tolérance à des conditions environnementales variables, de leur croissance rapide et de leur appétit insatiable. De telles caractéristiques les dépeignent comme des envahisseurs aquatiques très menaçants : ils ont le potentiel de nuire profondément, d’une part aux écosystèmes et aux communautés de poissons, et d’autre part, à la pêche récréative et commerciale.  

Les répercussions sur l’industrie de la pêche font d’ailleurs partie des principaux impacts appréhendés si l’une de ces espèces parvient à s’établir dans les Grands Lacs, étant donné que les carpes risquent de perturber la chaîne alimentaire des systèmes aquatiques au détriment des poissons indigènes. D’autres inconvénients peuvent découler de la présence de ce poisson, comme le problème associé au poids des filets de pêche commerciale. Ceux-ci deviennent tellement lourds dans les endroits abondamment fréquentés par la carpe à grosse tête qu’il est impossible de les remonter à la surface. Par ailleurs, lorsqu’elle est effrayée par le son des bateaux circulant sur l’eau, la carpe argentée peut sauter plus d’un mètre hors de l’eau, occasionnant des risques pour la sécurité des plaisanciers et des dommages aux embarcations. Il pourrait alors devenir très dangereux de faire du ski nautique derrière un bateau.

Si l’une ou l’autre des espèces de carpes asiatiques s’établissait dans le Saint-Laurent, il y aurait un risque important de compétition avec les poissons qui se nourrissent de plancton, c'est-à-dire la presque majorité des poissons en début de vie ou, encore, certaines espèces au stade adulte. Les carpes asiatiques seraient ainsi en compétition directe pour la nourriture avec l’alose savoureuse, une espèce désignée comme vulnérable, ou encore les jeunes dorés et perchaudes. Autrement dit, ces voraces amateurs de phytoplancton et de zooplancton perturberaient l’équilibre de l’ensemble du réseau trophique aquatique (du poisson planctonophage à l’oiseau marin). Les carpes risquent aussi de nuire à l’habitat de nombreuses espèces de poissons en diminuant la disponibilité de la végétation aquatique dont dépend un grand nombre d’espèces pour se nourrir, s’abriter ou pondre leurs œufs. Les carpes peuvent aussi dégrader l’habitat par le rejet de leurs excréments, en quantité abondante, qui enrichissent les fonds de nutriments, provoquant des agglomérations d’algues, augmentant la turbidité de l’eau et diminuant les concentrations d’oxygène. Les carpes asiatiques, notamment la carpe noire, sont aussi porteuses de parasites et de maladies qui peuvent menacer la santé des poissons indigènes.

Prévention et contrôle

En mai 2004, le gouvernement de l'Ontario a promulgué une interdiction sur l'achat et la vente d'espèces vivantes, telles la carpe à grosse tête, la carpe noire, la carpe argentée et la carpe de roseau. Cette interdiction s'étend également à la vente de ces poissons, pour l'usage dans les aquariums et pour l'usage dans les étangs à domicile, pour ce qui est de la carpe de roseau. Toutes les espèces interdites de carpe, qui sont vendues vivantes sur le marché, doivent être tuées avant que le client ne quitte le magasin avec le poisson. Des interdictions semblables ont également été mises en application aux États-Unis dans plusieurs États. Les carpes asiatiques présentes dans l’État de l’Illinois sont actuellement gardées hors des bassins des Grands Lacs par une barrière électrifiée, à 50 km du lac Michigan, dans le canal de Chicago. Au Québec, la réglementation actuelle permet le transport de poissons vivants jusqu’au marché de consommation. Toutefois, la vente de poissons vivants qui ne sont pas des espèces d’eau salée est interdite. Pour être conforme à la réglementation, le vendeur doit tuer les poissons avant de les remettre au client.  

Les moyens d’introduction accidentels ou délibérés étant tout de même envisageables, la menace de l’envahissement de la carpe asiatique dans nos eaux constitue une préoccupation majeure, car ces poissons peuvent entraîner une cascade d’impacts écologiques et économiques négatifs importants. Une fois établies, les carpes asiatiques représentent une menace sérieuse à l’économie et aux écosystèmes aquatiques québécois et les possibilités d’éradication sont presque nulles. Puisqu’une détection précoce faciliterait le contrôle de ces espèces, le Ministère sollicite l’aide des pêcheurs afin de détecter les populations isolées de la carpe asiatique.

Il est très difficile de contrôler la distribution d’une espèce envahissante et de prévenir sa propagation une fois qu’elle s’est établie dans une zone.

Vous pouvez contribuer à prévenir l’envahissement de cette espèce nuisible en appliquant les méthodes de prévention et de contrôle qui s’imposent pendant les activités de pêche et de loisir.

Depuis 2012, le Règlement sur l'aquaculture et la vente des poissons, découlant de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (chapitre C-61.1, a. 70,73 et 162) interdit l'aquariophilie, la production, la garde en captivité, l'élevage, l'ensemencement, le transport, la vente ou l'achat à l'état vivant des carpes de roseau, à grosse tête, argentée, noire et à grandes écailles sur le territoire de la province.

De plus, le Règlement sur les espèces aquatiques envahissantes, découlant de la Loi sur les pêches du Canada (DORS/2015-121), interdit les carpes de roseau, à grosse tête, argentée et noire à l’état vivant au Canada. Toujours selon ce règlement, les carpes doivent être éviscérées avant d’être importées au pays.

Information complémentaire

Carpe asiatique : Une menace aux portes du Québec

Les espèces aquatiques envahissantes: des invités surprise [En ligne]

Fiche d’identification de la « carpe envahissante » faite en partenariat par la Fédération des Pêcheurs et Chasseurs et le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario