Puce d’eau en hameçon
(Cercopagis pengoi)

Statut

Espèce envahissante préoccupante, aux portes du Québec.

Illustration d’une puce d’eau en hameçon. On peut aisément repérer les particularités qui la caractérisent, soit la queue qui se termine par une boucle,
le gros œil noir ou, encore, la poche incubatrice pointue sur le dos, qui contient les œufs.
(©Ontario Federation of Anglers and Hunters)

Description

La puce d'eau en hameçon est un minuscule organisme dont le corps mesure en moyenne 2 mm et atteint environ 1 cm avec la queue; cette dernière représente environ 80 % de la longueur totale de l’animal. Chez cette espèce, les mâles sont généralement plus petits que les femelles. La queue épineuse forme un angle de 90° avec le reste du corps et elle est munie de trois petites barbelures et d’une boucle unique à son extrémité, qui ressemble à un hameçon, d'où l'origine de son nom. Le corps de la puce d’eau en hameçon est transparent et ne présente qu’un seul et gros œil noir. Il est aussi possible de distinguer une grosse poche incubatrice pointue dans le dos des femelles qui permet d’abriter leur couvée. Mais des yeux non expérimentés auront du mal à remarquer ces caractéristiques, surtout sans l’aide d’un microscope.

Les espèces similaires

Cercopagis est un proche parent d’un autre récent envahisseur dans les Grands Lacs, le cladocère épineux (Bythotrephes longimanus). Les deux petits crustacés qui se ressemblent appartiennent à la même famille des cercopagididés. Il est cependant possible de distinguer ces deux espèces par la longueur de leur queue qui représente 60 % de la longueur totale du corps chez le cladocère, plutôt que 80 % chez la puce d’eau. De plus, contrairement à la puce d’eau, le cladocère ne possède pas d’hameçon au bout de la queue. Il y a également des différences morphologiques dans la poche incubatrice de chaque espèce; le cladocère épineux arborant une poche en forme de ballon. Les autres cladocères indigènes se différencient aussi de la puce d’eau en hameçon par la taille beaucoup plus petite de leur queue puisqu’elle représente moins du quart de leur longueur totale, contrairement à l’espèce envahissante.

Habitat 

La puce d’eau en hameçon préfére généralement les zones pélagiques, loin des côtes, à la surface des plans d’eau douce chaude. Cependant, elle fréquente principalement les eaux saumâtres. Les femelles gravides, facilement repérables par leur grosse poche incubatrice remplie d’œufs, sont très vulnérables aux prédateurs, des poissons planctonivores. Pour éviter cette prédation, les individus migrent à des profondeurs supérieures à 20 mètres pendant le jour et remontent à la surface après le coucher du soleil. Cette espèce tolère une large gamme de salinités et de températures, celles-ci pouvant varier de 3 à 38°C.

Reproduction

La puce d’eau en hameçon est un organisme parthénogénétique, c'est-à-dire qu’elle peut se reproduire soit de façon asexuée ou sexuée, selon les conditions du milieu. Lors de conditions favorables, la femelle se reproduit de façon asexuée, c'est-à-dire qu’elle n’a pas besoin de mâle pour la fertiliser et elle produit des clones. Lorsque les conditions deviennent stressantes (manque de nourriture ou baisse de la température), les mères produisent des mâles qui vont fertiliser les femelles (reproduction sexuée). Des œufs dormants pendant des périodes prolongées et résistants au froid ou même à l’ingestion de certains prédateurs sont alors produits. Jusqu’à 13 œufs peuvent être formés par couvée et plusieurs reproductions peuvent survenir pendant une saison.

Historique de l’introduction et principaux vecteurs de propagation

La puce d’eau est une espèce aquatique envahissante qui provient, comme la moule zébrée, de la région ponto-caspienne, incluant les mers d’Aral, d’Azov et Caspienne. Elle a probablement été introduite dans la région des Grands Lacs par les eaux de lest des navires transocéaniques. La première mention officielle de ce petit crustacé date de 1998 où il a été détecté à différents endroits dans le lac Ontario, fixé à des lignes de pêche. Aujourd’hui, les risques de propagation sont possibles par l’intermédiaire des activités récréatives et de pêche (bateaux, chaloupes, canots, kayaks, motomarines, équipements de pêche, seaux d’appâts, plongeurs, etc.). La queue barbelée permet aux femelles gravides de s'accrocher aux matériaux tels que les cordes, les fils de pêche et les câbles de lest par exemple, lesquels facilitent leur transfert d'un cours d'eau à un autre.

Distribution connue

Au Canada, la puce d’eau en hameçon semble désormais établie en abondance dans quelques bassins limités à la région des Grands Lacs. Si cet invertébré n’a pas encore été détecté dans les eaux du Québec, sa présence n’est toutefois pas exclue. Un échantillonnage étendu et systématique des communautés de zooplanctons a été prélevé dans plusieurs régions de la province, ce qui permettra de déterminer si l’espèce est présente ou non.

Impacts de son introduction

Le mode de reproduction asexué permet aux puces d’eau en hameçon d’établir rapidement de nouvelles populations à partir d’un très petit nombre d’individus. Par exemple, cette stratégie reproductrice peut permettre à une seule femelle, morte ou vivante, de peupler un lac entier. Cette capacité de reproduction en fait un envahisseur redoutable et les scientifiques craignent que cette espèce envahissante atteigne de fortes densités. De grandes populations de puces d’eau peuvent consommer des quantités importantes de zooplancton, qui sont autrement la source de nourriture de nombreux autres petits poissons et invertébrés indigènes. Ce prédateur vorace entraîne donc une compétition pour la nourriture qui peut modifier la chaîne alimentaire en affectant la taille et la composition des communautés de prédateurs de zooplancton. De plus, ces cladocères causent des inconvénients à la pêche récréative en s’agglomérant en masse sur les fils de pêche et les lests automatiques. La pêche commerciale est aussi touchée puisque la puce d'eau en hameçon s'accroche aux filets de pêche.

Prévention et contrôle

Il est très difficile de contrôler la distribution d’une espèce envahissante et de prévenir sa propagation une fois qu’elle s’est établie dans une zone. On peut prévenir le risque de propagation de la plupart des espèces exotiques en séchant les embarcations et le matériel de pêche durant 5 jours. Par contre, certaines espèces sont plus résistantes à la dessiccation (séchage hors de l'eau) comme les œufs de la puce d’eau en hameçon ou du cladocère épineux. Il est donc parfois nécessaire de prendre quelques précautions supplémentaires si vous visitez une région où ces espèces sont présentes. À titre d’exemple, si vous laissez sécher votre bateau et équipement pendant 1 mois, vous éliminerez 100% des œufs de la puce d’eau en hameçon, plutôt que 89% si le temps de séchage n’est que d’une semaine. Laver l’équipement à l'eau bouillante élimine 95% des oeufs après dix secondes, ou après 30 minutes si une solution saline à 33 % est utilisée (1/3 de sel pour 2/3 d'eau).

Vous pouvez contribuer à prévenir l’envahissement de cette espèce nuisible en appliquant les méthodes de prévention et de contrôle qui s’imposent pendant les activités de pêche et de loisir.