Sanglier
(Sus scrofa)

Le sanglier a un corps puissant et un pelage gris brun uniforme, épais et fourni. © Jevtic Dreamstime.com

Statut

Espèce exotique préoccupante, non établie au Québec

Description

Le sanglier est un mammifère originaire d’Europe et d’Asie. Le porc domestique (Sus scrofa domesticus) est une sous-espèce du sanglier qui remonte de la domestication de ce dernier.

Les sangliers adultes ont un pelage épais et fourni brun ou noir, devenant plus grisâtre avec l’âge. Les jeunes, nommés marcassins, sont roux et marqués de bandes de couleur crème horizontales. Le sanglier possède un corps trapu, un cou massif et une tête conique volumineuse. Contrairement à la plupart des porcs domestiques, les sangliers ont généralement un long museau droit et étroit (le boutoir), une longue queue droite avec une touffe à la fin et des oreilles velues dressées. Certains ont une « crinière » de poils hérissés le long du dos. La plupart ont de grandes défenses (canines inférieures) proéminentes qui croissent avec l’âge et qui s’aiguisent en frottant contre les canines supérieures. Les mâles ont la tête et les défenses plus grandes que celles des femelles appelées laies.

Les adultes pèsent en moyenne de 34 à  114 kg, mais certains peuvent peser le double. Ils atteignent environ 0,9 m de hauteur et 1,5 m de longueur. Les sangliers plus âgés développent habituellement une couche de peau épaisse et résistante sur leurs épaules qui leur procure une protection supplémentaire lors des combats avec les autres sangliers.

Les groupes sont souvent bruyants, entres autres à cause du bruit lourd de leurs pas, mais aussi par leurs grognements, cris, soufflements et reniflements. Les sangliers savent cependant se montrer discrets et silencieux s'ils se sentent menacés. Ils sont généralement actifs la nuit et sont rarement observés le jour.

Espèces similaires

Aucune confusion n'est possible avec une autre espèce. Par contre, le porc domestique et le sanglier peuvent s’accoupler, et ainsi engendrer une descendance ayant des caractéristiques des deux sous-espèces. Contrairement au sanglier, le porc domestique est plus gras et moins musclé. Il a des pattes plus longues ainsi qu’un groin et des défenses plus courtes. Le poil du porc domestique est plus court et moins épais que celui du sanglier. Sa queue est en tire-bouchon et ses oreilles peuvent être tombantes.

Habitat

Les sangliers s’adaptent facilement à différents types d’habitat. Aux États-Unis, ils préfèrent les endroits où l’habitat est hétérogène et contient des forêts, de l’eau et des sources de nourriture. Les paysages agroforestiers leur conviennent parfaitement. En effet, la présence de champs cultivés fournissant un apport supplémentaire de nourriture peut contribuer à augmenter de façon considérable la densité de sangliers trouvés dans une région. De même, de nombreux points d’eau augmentent la valeur d’un habitat pour le sanglier. D’ailleurs, à travers son aire de répartition, le sanglier a une préférence pour les habitats riverains et les milieux humides.

Alors que les températures hivernales et printanières clémentes sont favorables au sanglier, les conditions hivernales rigoureuses, avec d’importantes accumulations de neige au sol, limitent leur survie. Les sangliers s’adaptent cependant relativement bien au climat nordique du Canada. En effet, l’espèce est bien établie en Saskatchewan où la température moyenne de janvier pour Regina est de -16,5ºC, soit l’équivalent de celle du Lac-Saint-Jean, au Québec.

L’aire de distribution du sanglier pourrait être davantage limitée par la disponibilité de la nourriture que par les conditions climatiques. Celles-ci, comme l’épaisseur de la neige, peuvent cependant influencer la disponibilité de la nourriture.

Régime alimentaire

Le sanglier est omnivore et fouisseur. Il se nourrit de tubercules, rhizomes, bulbes, fruits, glands, noix, céréales et champignons (dont ceux à fructification souterraine). Il se nourrit également de nombreux animaux (vers, mollusques, insectes, petits mammifères, amphibiens, oiseaux et reptiles) morts ou vivants. À l’occasion, les sangliers peuvent aussi tuer et manger des faons de cerfs de Virginie ainsi que certains animaux domestiques et d’élevage.

Reproduction

Les sangliers sont les grands mammifères les plus prolifiques au monde. Dans des conditions optimales, les laies peuvent se reproduire dès l’âge de 6 mois et avoir deux portées de 2 à 8 (et parfois 12) marcassins tous les 12 à15 mois. Les laies plus massives produisent habituellement davantage de petits par portée. Chaque gestation dure 3 mois, 3 semaines et 3 jours et les marcassins sont allaités pendant 3 à 4 mois.

Le sanglier connait très peu de prédateurs. Ainsi, un groupe d’individus peut tripler en un an.

Les sangliers vivent en petits groupes familiaux appelés sondeurs. Ces groupes d’environ 6 à 20 individus sont composés d'une ou plusieurs laies et de leurs portées de marcassins des deux dernières années. Les mâles adultes se séparent éventuellement du groupe et deviennent solitaires.

Historique de l’introduction et principaux vecteurs de propagation

L’introduction du sanglier en Amérique du Nord s’est faite en deux temps : d’abord par l’introduction de porcs domestiques qui sont retournés à l’état sauvage, puis, près de 15 siècles plus tard, par l’introduction de  sangliers.

Les premières introductions de porcs domestiques sont survenues lors de la colonisation des îles hawaïennes en 400 après Jésus-Christ, puis lors du deuxième voyage de Christophe Colomb en 1493, sur les îles de Cuba, d’Hispaniola et de la Jamaïque. De nombreux explorateurs et colons européens se sont approvisionnés à partir des porcs en liberté dans les îles des Caraïbes avant leurs expéditions vers le continent nord-américain. Les porcs étaient élevés en enclos ou relâchés intentionnellement afin de constituer une réserve de gibier sauvage capable de nourrir les colons et les explorateurs. Les porcs dans la nature sont rapidement retournés à l’état sauvage et se sont établis dans plusieurs régions.

Le sanglier eurasien sauvage, pour sa part, a été introduit dans plusieurs régions des États-Unis à partir de la fin des années 1800. La plupart des animaux importés étaient relâchés dans des enclos, mais plusieurs ont été relâchés dans la nature par des particuliers, et aussi par des agences fauniques gouvernementales, afin d’offrir aux chasseurs une nouvelle espèce de gros gibier. Les sangliers échappés et ceux relâchés volontairement se sont reproduits et croisés avec les porcs sauvages déjà établis.

Au Canada, les sangliers auraient été introduits pour diversifier la production agricole dans les prairies dans les années 1980 et 1990. Des animaux relâchés ou échappés seraient à l’origine des populations actuelles.

De nos jours, les principaux facteurs qui contribuent à la propagation de sangliers aux États-Unis et au Canada demeurent la libération illégale de sangliers pour la chasse et les animaux qui s’échappent de leurs installations de garde.

Depuis les 30 dernières années, et surtout au cours de la dernière décennie, on note une expansion considérable de l’espèce sur le continent nord-américain, particulièrement vers le nord. Le réchauffement climatique facilite peut-être l’établissement du sanglier dans ces nouvelles régions. Les sangliers étant des animaux très mobiles, si des populations viennent à s’établir dans les provinces ou États voisins, il n’est pas impossible, qu’éventuellement, ces sangliers se déplacent vers le Québec.

Des sangliers pourraient également s’établir au Québec après s’être échappés des enclos dans lesquels ils sont gardés. Selon le dernier recensement agricole canadien (2011), le Québec compterait au moins 49 fermes de sangliers, ce qui en fait la province canadienne ayant le plus grand nombre d’élevages de ce type. Un nombre inconnu de propriétaires possèdent également des sangliers pour le plaisir, sans en faire l’élevage commercial.

Distribution connue

La distribution exacte des populations de sangliers en Amérique du Nord est inconnue, mais on sait que l’espèce est présente dans au moins 38 États américains, dont, près de nous, au New Hampshire. Au Canada, l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba sont actuellement aux prises avec des populations établies de sangliers. Des sangliers ont également été observés en Ontario, mais la situation est peu documentée.

Dans certains États et provinces, comme au Texas et en Saskatchewan, les sangliers sont bien établis et surabondants. Ailleurs, on parle plutôt d’individus ou de petits groupes isolés d’animaux qui se sont échappés d’enclos.

Au Québec, selon les informations disponibles, il n’existe aucune population de sangliers sauvages bien établie. Toutefois, des sangliers échappés d’enclos sont occasionnellement observés dans la nature. Dans ces situations, des efforts sont déployés afin que les animaux échappés soient rapidement retirés du milieu naturel, afin d’éviter que des populations sauvages de sangliers s’implantent au Québec. Par le passé, le Ministère a eu à intervenir à quelques reprises pour éradiquer des groupes isolés de sangliers échappés qui se reproduisaient à l’état sauvage. Notamment, au cours de la dernière année, des opérations ont permis d’éliminer un certain nombre de sangliers qui se reproduisaient au Centre-du-Québec.

Impacts de son introduction

Le sanglier peut causer des dommages immenses aux habitats qu’il visite en creusant avidement le sol à l’aide de ses sabots et de son boutoir, à la recherche de nourriture. © Jensklingebiel Dreamstime.com

Le sanglier est un animal très destructeur. Il est considéré comme l’une des espèces exotiques envahissantes les plus néfastes au monde. Aux États-Unis, les sangliers entraînent des coûts de plus de 1,5 milliard de dollars annuellement en dommages et en mesures de contrôle.

Les sangliers sont reconnus pour causer des dommages importants aux récoltes. Leurs habitudes de retourner la terre à la recherche de nourriture endommagent de grandes surfaces cultivées. Ces animaux mangent presque tous les types de cultures agricoles, en passant par les racines, les semences et les semis. Ils sont également connus pour tuer et manger certains animaux domestiques et d’élevage, en plus de détruire les clôtures et de consommer les aliments destinés au  bétail.

Les sangliers causent aussi des dégâts aux propriétés privées, notamment en saccageant les surfaces gazonnées.

Ils peuvent de plus altérer les écosystèmes et détériorer les sols. En outre, en raison de leur comportement fouisseur, ils détruisent la végétation indigène, favorisant la recolonisation des zones endommagées par les plantes envahissantes.

L’établissement du sanglier au Québec pourrait nuire à certaines espèces animales indigènes, dont certaines espèces menacées et vulnérables. Par exemple, en mangeant des glands et des noix, les sangliers entrent directement en compétition avec, notamment, les cerfs, les ours et les écureuils pour cette source de nourriture. Les sangliers sont aussi des prédateurs efficaces et peuvent se nourrir de petits  reptiles, d’oiseaux nichant au sol, d’œufs et même de petits animaux. Ils peuvent également, à l’occasion, tuer et manger des faons de cerfs de Virginie. De plus, en raison de leurs habitudes de se vautrer dans la boue, les sangliers causent l'érosion des berges et peuvent contaminer des plans d'eau. On estime que chaque sanglier à l'état sauvage détruit plus de 4 hectares de terres humides au cours de sa vie, ce qui représente huit terrains de football.

Les sangliers ne sont pas des animaux particulièrement agressifs mais, s’ils se sentent menacés, ils peuvent à l’occasion attaquer les humains et leurs animaux de compagnie.

Finalement, le sanglier peut être porteur de près de 40 parasites et d’au moins 30 maladies, dont certains sont transmissibles aux humains, aux animaux domestiques, au bétail ou à la faune sauvage, comme la peste porcine, la brucellose, la tuberculose, la pseudorage et la trichinellose. Une fois répandues dans les populations de sangliers en liberté, certaines maladies sont extrêmement difficiles à éradiquer. D’autres pourraient considérablement nuire à l’industrie porcine si elles étaient transmises aux porcs domestiques.

Prévention et contrôle

Afin d’éviter que des sangliers ne s’établissent dans la nature, un nombre grandissant d’États et de provinces resserrent leurs normes de garde en captivité des sangliers (par exemple, la Saskatchewan et l’Alberta) ou interdisent complètement la possession de cette espèce sur leur territoire (Nouveau-Brunswick, New York, Vermont, Maryland, Indiana, Michigan, Tennessee). La réglementation québécoise encadrant la garde en captivité des sangliers fait actuellement l’objet d’une révision afin de réduire les risques d’évasion de ces derniers.

Lorsque des sangliers s’échappent de leur enclos, il est important de les retirer rapidement du milieu naturel, avant qu’ils ne s’y établissent. Ainsi, au Québec, le propriétaire a l’obligation d’informer le Ministère lorsque ses sangliers s’échappent de leur enclos. Les modifications réglementaires envisagées contribueront à faciliter la récupération des sangliers.

Les méthodes disponibles pour éliminer les sangliers présents dans la nature varient dépendamment de la situation et de l’objectif visé. Quand les sangliers sont bien implantés sur un large territoire et qu’ils y sont très nombreux (comme au Texas ou en Saskatchewan, par exemple), leur élimination est pratiquement impossible. La chasse est alors souvent permise pour tenter de limiter, à l’échelle locale, les dommages causés par la surabondance des bêtes.

Par contre, lorsque les animaux sont relativement peu abondants et qu’ils sont nouvellement présents sur un territoire restreint, comme c’est le cas présentement au Québec, il est réaliste de viser leur élimination. Pour ce faire, certaines techniques spécialisées peuvent être efficaces pour capturer les sangliers, un groupe familial à la fois. Ces techniques ont, par exemple, permis à l’État de New York d’éradiquer une population de plus de 200 sangliers qui s’était implantée dans leur territoire. La capture de sangliers est une opération délicate qui peut s’étendre sur plusieurs mois, voire quelques années. Pendant cette période, tout dérangement risque de disperser les sangliers et de compromettre les opérations de capture.

En 2016, le Ministère a entrepris des opérations ayant pour but d’éradiquer des sangliers qui se reproduisaient en milieu naturel dans la région du Centre-du-Québec. Les techniques utilisées dans l’État de New York pour capturer les sangliers ont été utilisées, et ce sont avérées très efficaces. Le Ministère poursuit une surveillance accrue dans le secteur, afin de s’assurer que tous les sangliers qui s’y trouvaient ont été éliminés.

Ne tirez pas!!!

Au Québec, la chasse au sanglier n’est pas autorisée, sauf dans les fermes de chasse aménagées à cet effet. Et pour cause.

L’expérience acquise dans d’autres provinces et États démontre que la chasse ne constitue pas un moyen efficace pour éradiquer une population de sangliers. Au contraire, la chasse accélère la dispersion des sangliers sur le territoire et nuit aux techniques d’éradication en place.

  • Ouvrir le feu sur un groupe de sangliers a pour effet de faire exploser les cellules familiales en plusieurs plus petits groupes qui se réfugient vers de nouveaux secteurs.
  • Les sangliers sont des animaux particulièrement intelligents. S’ils sont agressés, ils deviennent plus méfiants envers les humains et modifient leur comportement pour devenir davantage nocturnes, ce qui les rend par la suite presque impossibles à observer, attirer et capturer.

Des études ont établi que, lorsqu’elle est autorisée, la chasse aux sangliers incite certains chasseurs et propriétaires à relâcher intentionnellement (et illégalement) des sangliers dans la nature dans le but de créer des occasions de chasse.

Si vous repérez des sangliers, veuillez communiquer les informations sur leur localisation à SOS Braconnage au 1 800 463-2191 ou, par courriel, à l'adresse centralesos@mffp.gouv.qc.ca.