Les poissons appâts : un risque pour nos poissons sauvages

 

Certains pêcheurs sportifs attachent à leur hameçon un poisson de petite taille, souvent appelés « ménés »,  afin d’attirer l’espèce convoitée. Ce type de leurre est généralement utilisé, à tort ou à raison, afin d’augmenter le succès de pêche. Or, l’utilisation de poissons appâts à la pêche sportive n’est pas sans risque pour les milieux aquatiques.

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) doit s’assurer d’encadrer rigoureusement l’utilisation des poissons appâts afin d’assumer pleinement son rôle de  conservation et de mise en valeur des ressources fauniques.

En quoi l’utilisation et le commerce des poissons appâts représentent-t-ils un risque?

L’un des principaux enjeux pour le maintien de la qualité et de la durabilité des pêcheries sportives et commerciales au Québec concerne l’introduction et la propagation d’espèces aquatiques envahissantes (EAE) et d’organismes pathogènes (virus, bactéries et parasites) dans les plans d’eau. Ces organismes sont reconnus pour causer de sérieux dommages aux écosystèmes et aux espèces aquatiques, perturbant ainsi les activités socioéconomiques qui en dépendent. Ces organismes envahissants sont très difficiles, voire impossibles, à éradiquer une fois qu’ils ont été introduits dans un plan d’eau.

L’utilisation de poissons appâts vivants constitue l’un des vecteurs les plus préoccupants pour la propagation d’EAE et de maladies. Les poissons appâts morts, quant à eux, peuvent également transporter des EAE et des pathogènes viables, et ce, même s’ils sont congelés. Des organismes indésirables invisibles à l’œil peuvent aussi être présents dans l’eau de transport des poissons appâts.

L’utilisation de poissons appâts engendre également, chez certaines espèces comme le doré jaune, un taux de mortalité plus important lors de la remise à l’eau comparativement à l’utilisation de leurres artificiels. Cette mortalité accrue réduit ainsi l’efficacité des différentes modalités de gestion.

Finalement, l’exploitation commerciale des poissons appâts peut contribuer à l’introduction ou à la propagation des EAE par l’intermédiaire du matériel de pêche contaminé.

Photo : Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Nouvelles espèces envahissantes à nos portes

Le MFFP est très préoccupé par l’arrivée récente de nouvelles EAE dans les eaux du Québec ou aux frontières de la province (cladocère épineux, puce d’eau en hameçon, vers plat asiatique, SHV, etc.). Une carpe asiatique (carpe de roseau) a d’ailleurs été capturée dans le fleuve Saint-Laurent au printemps 2016. De plus, de récentes analyses d’ADN environnemental, réalisées sur des échantillons d’eau du fleuve Saint-Laurent et de certains de ses tributaires, révèlent la présence d’ADN de carpes de roseau dans les eaux québécoises, confirmant que l’individu capturé n’était pas isolé.

Ces nouvelles espèces envahissantes sont toutes susceptibles d’être propagées involontairement par le commerce et l’utilisation de poissons appâts. Considérant les impacts majeurs que génèrent ces espèces sur les milieux qu’elles colonisent, le MFFP a revu l’encadrement réglementaire régissant l’utilisation des poissons appâts au Québec afin de freiner ce risque de propagation.

NOUVELLE RÉGLEMENTATION SUR LES POISSONS APPÂTS

La nouvelle réglementation en vigueur le 1er avril 2017, vise à réduire l’ensemble des risques liés à l’utilisation des poissons appâts. 

Il est dorénavant :

  • Interdit d’utiliser du poisson appât vivant partout au Québec
  • Interdit d’utiliser du poisson appât mort en saison estivale partout au Québec
  • L’utilisation des poissons appâts morts en saison hivernale demeure permise dans certaines zones de pêche du Québec où cette pratique était déjà autorisée (voir carte).

Pour obtenir l’information complète relative aux règles applicables aux poissons appâts, consultez :

Autres actions en cours

L’utilisation et le commerce des poissons appât ne représentent pas le seul vecteur de propagation des EAE. Le MFFP se doit cependant d’agir sur les principaux vecteurs à la hauteur de ses champs de compétence, dont le plus préoccupant est le commerce et l’utilisation de poissons appâts. En parallèle, le MFFP poursuit ses efforts de sensibilisation (p. ex. nettoyage des embarcations de plaisances) ainsi que le développement de partenariat et la mise en œuvre d’actions concertées avec d’autres acteurs gouvernementaux. De plus, le MFFP investira des efforts avec les provinces et états limitrophes afin de d’harmoniser la réglementation concernant l’utilisation des poissons appâts dans les eaux à juridiction partagée.