La maladie débilitante chronique des cervidés



 


La maladie débilitante chronique des cervidés

La maladie débilitante chronique des cervidés (MDC) est une maladie qui, comme son nom l'indique, affecte les cervidés tels le cerf de Virginie, le wapiti, le cerf mulet et l'orignal. Actuellement, le Ministère n'a aucune indication selon laquelle la MDC puisse être présente au Québec. Cette maladie est cependant en expansion en Amérique du Nord. Depuis son apparition au Colorado en 1967, elle s'est propagée dans 23 autres États américains et deux provinces canadiennes, soit l'Alberta et la Saskatchewan. Près du Québec, quelques cas de MDC ont été détectés dans l'État de New York en 2005, mais aucun autre cas n'y a été décelé depuis. En 2016, la MDC a été détectée pour la première fois en Europe, soit chez des rennes et des orignaux en Norvège.

Répartition nord-américaine de la maladie débilitante chronique des cervidés (MDC) en mars 2017 (adaptée de U.S. Geological Survey. (http://www.nwhc.usgs.gov/))

L'introduction au Québec de la MDC pourrait avoir des effets importants sur la santé des cervidés, sur les activités de chasse ainsi que sur le commerce local de cervidés ou de produits de cervidés. Les activités de surveillance et de contrôle de la maladie sont également très onéreuses.

La MDC est une maladie dégénérative mortelle du système nerveux central des cervidés. Elle fait partie de la famille des encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST), au même titre que l'encéphalopathie spongiforme bovine (la maladie de la vache folle), la tremblante du mouton et la maladie de Creutzfeldt-Jakob, laquelle affecte l'humain. Ces maladies sont causées par un prion, soit une particule naturellement présente dans les cellules du système nerveux. Les prions qui causent les EST ont une conformation anormale et sont capables de transmettre cette anomalie aux prions sains. L'accumulation de prions anormaux provoque l'éclatement des cellules nerveuses.

Comment la maladie est-elle transmise?

On ne connaît pas avec certitude le mode de transmission de la MDC. Étant donné que le prion est présent notamment dans l'urine, les selles, la salive et le sang des animaux atteints, il est généralement admis que les principales voies de transmission sont les contacts directs entre les cervidés et la contamination par ingestion de prions présents dans un environnement contaminé par des animaux infectés. Le prion contagieux est très résistant et peut demeurer plusieurs années dans l'environnement.

Existe-t-il un risque pour la santé humaine?

À ce jour, les prions responsables de la MDC n'ont été reliés à aucun cas de maladie chez les humains. Cependant, par mesure de précaution, il est recommandé de ne pas consommer de produit provenant d'animaux que l'on sait infectés par une maladie à prions.

Comment reconnaît-on un animal affecté par la MDC?

Les signes cliniques suivants peuvent être présents chez un cervidé atteint de la MDC, surtout en phase terminale de la maladie :

  • maigreur excessive et détérioration de la condition physique;
  • salivation et miction excessive;
  • tremblements subtils de la tête;
  • tête et oreilles basses;
  • position d'appui des membres élargie;
  • pelage terne, pâle et hérissé (l'animal peut conserver son pelage d'hiver beaucoup plus longtemps qu'à la normale);
  • agressivité, panique ou autre comportement anormal;
  • léger trouble de la coordination des mouvements.

Cerf de Virginie amaigri par la MDC. (photo fournie par Dr. Terry Kreeger, Wyoming Fish and Game Department)

Jeune wapiti adoptant une posture typique des derniers stades de la maladie (tête et oreilles basses, position élargie des membres). (photo fournie par Dr. Terry Kreeger, Wyoming Fish & Game Department)

Puisque les manifestations physiques de la maladie surviennent généralement de 18 à 48 mois après que l'animal a été infecté, un cervidé peut être porteur de la MDC sans présenter de signes cliniques.

Comment peut-on avoir l'assurance qu'un cervidé n'est pas atteint de la MDC?

Pour le moment, seule une analyse post mortem des tissus cérébraux et lymphatiques de l'animal permet un diagnostic efficace de la maladie.

Certains États et provinces offrent aux chasseurs la possibilité de faire analyser la tête du cervidé qu'ils ont abattu afin de déterminer si l'animal était atteint de la MDC. Dans certains secteurs des États ou provinces où la maladie est présente, ce test peut même être obligatoire.

Il n'existe aucune indication que la maladie est présente au Québec (voir Les cerfs québécois sous observation) ou à proximité (voir plus haut la carte de la répartition nord-américaine de la MDC). Ainsi, pour l'instant, le Ministère n'offre pas à tous les chasseurs la possibilité de faire analyser les cervidés apparemment sains abattus à la chasse. Cependant, dans les régions de l’Estrie et de la Montérégie, certaines boucheries collaborent à la surveillance de la MDC en conservant pour le Ministère un certain nombre de têtes de cerfs de Virginie abattus par les chasseurs (voir Analyse des cerfs de Virginie abattus à la chasse).

Si vous constatez que le cervidé que vous avez abattu présente un ou plusieurs des signes cliniques mentionnés plus haut, communiquez rapidement avec le service à la clientèle au 1 877-346-6763, des spécialistes évalueront la pertinence de soumettre l'animal abattu à des analyses, notamment celle pour détecter la MDC.

Comment la maladie se propage-t-elle?

Les connaissances actuelles relatives à la MDC indiquent plusieurs voies par lesquelles la maladie pourrait s'introduire au Québec. Les principales sont :

  • l'importation de cervidés d'élevage vivants infectés;
  • l'importation de carcasses ou de parties de carcasses de cervidés sauvages infectés;
  • la migration transfrontalière naturelle de cervidés sauvages infectés;
  • l'importation de produits dérivés de cervidés infectés.

Une fois introduite, la maladie pourrait éventuellement se propager des cervidés sauvages à ceux d'élevage et vice-versa. La propagation de la maladie semble plus rapide dans les zones où l'on trouve des concentrations élevées de cervidés, par exemple dans les élevages et sur les lieux de nourrissage et d'appâtage.

Comment peut-on prévenir l'introduction et la propagation de la MDC?

Il n'existe aucun traitement ni vaccin connu pour les maladies à prions. Une fois la MDC introduite dans la faune sauvage, il est extrêmement difficile de l'en éliminer.

NOUVELLE RÉGLEMENTATION

Depuis le 1er janvier 2012, il est interdit d'importer ou de posséder des carcasses entières ou toute partie du cerveau, de la colonne vertébrale (et de la mœlle épinière), des ganglions lymphatiques rétropharyngiens, des yeux, des amygdales, des testicules et des organes internes (rate, foie, cœur, rognons, glandes mammaires, vessie, etc.) de cervidés (sauf le caribou) abattus à l'extérieur du Québec. Chez les cervidés atteints de la MDC, les prions pathogènes se concentrent dans ces organes.

Les pièces anatomiques suivantes peuvent néanmoins être rapportées au Québec :

  • viande désossée ou quartiers sans peau et sans morceau de colonne vertébrale ou de tête attachés;
  • peau et cuir dégraissés ou tannés;
  • bois sans velours;
  • calotte crânienne désinfectée, sans peau, viande ou tissu attachés;
  • dents sans viande ou tissu attachés;
  • toute pièce montée par un taxidermiste.

Pour désinfecter la calotte crânienne, faire tremper cette dernière dans une solution composée d'au moins 2 % d'hypochlorite de sodium (de façon générale, cette solution correspond à un mélange de 50 % d'eau de javel et 50 % d'eau), pendant 15 à 20 minutes.

Si vous chassez à l'extérieur du Québec, le Ministère vous recommande également de suivre les conseils suivants :

  • Évitez de chasser à proximité et dans les secteurs où la MDC a été détectée (voir plus haut la carte de la répartition nord-américaine de la MDC).
  • Si les autorités de l'État ou de la province où vous avez abattu un cervidé vous informent que ce dernier est atteint de la MDC, veuillez en aviser le service à la clientèle au 1 877 346-6763.

Le Ministère conseille également aux chasseurs et à la population en général d'adopter les comportements suivants :

  • Évitez d'employer des leurres contenant de l'urine naturelle ou d'autres fluides corporels de cervidés; ces produits peuvent potentiellement contenir le prion infectieux. Optez plutôt pour des leurres synthétiques. Si vous choisissez d'utiliser des produits à base d'urine ou de fluides naturels, choisissez ceux qui proviennent du Québec et, si possible, qui ont été récoltés dans des élevages inscrits au Programme de certification relatif à la maladie débilitante chronique chez les cervidés (voir la liste des exploitants inscrits au programme).
  • Évitez de nourrir et d'appâter les cervidés; les rassemblements artificiels occasionnés par ces activités augmentent les contacts directs (animaux-animaux) et indirects (animaux-environnement), ce qui favorise la transmission de la MDC et d'autres maladies. Si vous appâtez à des fins de chasse, limitez la durée de la période d'appâtage.
  • Si vous observez (ou abattez) un cervidé présentant un ou plusieurs des signes cliniques pouvant être associés à la MDC (voir Comment reconnaît-on un animal affecté par la MDC?, communiquez avec le service à la clientèle au 1 877 346-6763.

Les cerfs québécois sous observation

Il est primordial de détecter rapidement l’introduction de la MDC au Québec afin d’augmenter les possibilités d’élimination de la maladie et de limiter sa propagation, tout en réduisant les coûts associés à ces interventions.

Ainsi, depuis 2007, le Ministère réalise, avec la collaboration du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, un programme de surveillance des cerfs sauvages dans les secteurs les plus à risque pour l’introduction de la MDC, soit dans l’extrême sud du Québec. Au cours des 10 dernières années, plus de 8 200 cerfs ont été analysés, et aucun cas de MDC n'a été détecté.

Nombre de cerfs de Virginie analysés pour la maladie débilitante chronique (MDC) dans le sud du Québec d'octobre 2007 à décembre 2016.

À l’origine, le programme était essentiellement basé sur la collecte et l’analyse des cerfs de Virginie victimes d’un accident de la route, mais depuis 2013, la très grande majorité des animaux analysés pour la MDC sont des cerfs abattus à la chasse, particulièrement dans les régions de l’Estrie et de la Montérégie.

Dans le reste de la province, le risque d’introduction est considéré comme moins élevé. Par conséquent, la surveillance y est moins intensive. Les spécimens analysés sont principalement des cervidés montrant des signes cliniques pouvant être associés à la MDC. Bien que ces derniers soient peu nombreux, ils constituent une priorité en ce qui concerne l’échantillonnage puisque cette catégorie de spécimens présente une probabilité plus élevée d’être infectée par la MDC.

Rapports

  • Surveillance des maladies de la faune 2011-2014, Stratégie québécoise sur la santé des animaux sauvages. La maladie débilitante chronique des cervidés, page 29 à 41. (Format PDF, 4,45 Mo)

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