Gardon rouge ou rotengle (Scardinius erythrophthalmus)

Statut de l’espèce

Espèce exotique préoccupante et présente au Québec

Description

Les nageoires pectorales, pelviennes et anales du gardon rouge sont d’un rouge orangé qui se démarque du reste de son corps qui est plus pâle.
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Le gardon rouge, ou rotengle, est un gros mené appartenant à la famille des Cyprinidés, pesant un peu plus de 1 kg. Sa longueur totale varie de 15 à 25 cm et peut même atteindre 50 cm. Sa bouche est orientée vers le haut et sa lèvre inférieure saillante est avancée par rapport à sa lèvre supérieure.

Les écailles de son dos sont or olive, les flancs sont jaune foncé et son ventre est blanc argenté. Les nageoires pectorales, pelviennes et anales du gardon rouge sont d’un rouge orangé, tandis que sa nageoire dorsale et sa queue fourchue sont d’un brun rougeâtre.

Les mâles sont plus petits que les femelles et possèdent des tubercules sur la tête et sur le corps.

Espèces similaires

Ce poisson eurasien ressemble beaucoup au mené jaune (anciennement chatte de l’Est [Notemigonus crysoleucas]), mais il peut atteindre de plus grandes tailles (50 cm). Aussi, les adultes du mené jaune possèdent une carène sans écaille, tandis que le ventre du gardon rouge est recouvert d’écailles.

Habitat

Le gardon rouge est un poisson benthique trouvé régulièrement en eau douce, mais il peut également vivre en eau saumâtre. Il fréquente des eaux calmes comprenant une proportion importante de végétation. Il peut s’adapter à un large éventail de conditions environnementales et vivre dans des eaux de faible qualité. Étant omnivore, il peut s’adapter à différents régimes alimentaires, selon les ressources disponibles dans son environnement. Les adultes se nourrissent principalement de végétation aquatique et d’insectes qu’ils chassent à la surface de l’eau, en plus de consommer du zooplancton. Les jeunes se nourrissent d’algues et de petits invertébrés.

La limite nordique du gardon rouge en Europe coïncide aux climats du sud du Québec. Il est donc possible que l’établissement du gardon rouge au Québec soit limité par la température froide. Par contre, les changements climatiques devraient, dans les prochaines décennies, favoriser la dispersion du gardon rouge dans les rivières situées au nord du fleuve Saint-Laurent.

Reproduction et croissance

La reproduction a lieu d’avril à août. Le gardon rouge atteint la maturité sexuelle vers l’âge de 2 à 3 ans, lorsqu’il a atteint une longueur de 90 à 150 mm. Les femelles peuvent pondre de 100 000 à 200 000 œufs par année, lorsque la température de l’eau atteint de 14 à 20 °C. Les œufs adhérents sont pondus sur la végétation submergée ou dans l’eau peu profonde, au bord du rivage. Les œufs prennent de 7 à 14 jours pour éclore, selon la température de l’eau. Le rotengle peut vivre une quinzaine d’années.

Historique de l’introduction et principaux vecteurs de propagation

Ce poisson, originaire du bassin Ponto-Caspien (mer d’Azov, mer Caspienne et mer Noire), s’est propagé dans plusieurs pays, dont la Norvège, la Nouvelle-Zélande, l’Espagne, l’Irlande et de nombreuses régions de l’Amérique du Nord. L’historique de son introduction n’est pas parfaitement bien connu.

La propagation de l’espèce en Amérique du Nord serait principalement attribuable à sa grande popularité en tant que poisson appât, spécialement pour la pêche au bar d’Amérique. Elle se serait dispersée largement sur le continent à partir de sites d’introduction variés, introduite soit par des déversements répétés de seaux d’appâts, par des d’individus issus du commerce de l’aquaculture qui se seraient échappés de bassins ou d’étangs de fermes d’élevage. La plupart des introductions seraient de nature accidentelle, mais il y aurait également eu des lâchers intentionnels dans les eaux publiques au cours des dernières décennies.

Aux États-Unis, l’espèce a été observée pour la première fois à la fin des années 1800. On croit que le gardon rouge a été utilisé volontairement comme appât dans le Wisconsin vers 1920 et dans la rivière Hudson en 1936. Depuis, le gardon rouge s’est propagé dans plus de 20 États américains.

Au Canada, le gardon rouge a été observé pour la première fois en 1990, dans le fleuve Saint-Laurent. Pendant les années 1990, on l’a trouvé à plusieurs endroits dans le fleuve, puis, en 1997, sa présence a été signalée dans l’ouest du lac Ontario et dans l’est du lac Érié. Même si l’importation d’appâts est interdite en Ontario, le gardon rouge a probablement été transporté au Canada par les États-Unis où il est utilisé comme poisson-appât. En 1991, on le trouvait dans le bassin du lac Champlain.

En mars 2015, le gardon rouge a été détecté dans le commerce des poissons appâts au Québec. Le commerce de poissons appâts vivants a favorisé sa dispersion dans l’ensemble des régions du Québec à partir de son point d’introduction situé dans la rivière Richelieu.

Distribution connue

Aux États-Unis, des populations se seraient établies dans les États du Maine et de New York et, plus récemment, dans le Massachusetts, le Nebraska et le Dakota du Sud.

Au Canada, l’espèce a déjà été répertoriée dans le fleuve Saint-Laurent, le lac Ontario, le lac Érié et le lac Champlain. Des inventaires réalisés en 2007-2008 dans la portion nord-est du lac Érié et la partie supérieure de la rivière Niagara ont révélé que le gardon rouge représentait près de 50 % des 14 130 poissons capturés au printemps. Il a été pêché à 11 des 12 stations inventoriées.

Le gardon rouge pourrait être en expansion dans le Haut-Richelieu où il est maintenant capturé au verveux à la pêche commerciale et à la pêche sur glace. À la suite de sa commercialisation comme poisson appât, on s’attend à ce que sa distribution soit de plus en plus rependue.

Impacts de son introduction

Même si les impacts liés à l’introduction du gardon rouge ne sont pas clairement définis, plusieurs peuvent être anticipés en ce qui a trait aux espèces indigènes.

En effet, l’établissement de l’espèce au Québec pourrait nuire au développement des espèces indigènes de différentes façons. D’une part, en s’hybridant avec des espèces indigènes, le gardon rouge contribue à appauvrir le bagage génétique propre à ces espèces. En particulier, son hybridation avec le mené jaune soulève des inquiétudes étant donné l’importance de cette espèce indigène comme poisson appât. Il pourrait aussi s’hybrider avec le mené jaune.

Les jeunes gardons rouges peuvent aussi nuire aux poissons indigènes en rivalisant avec eux pour l’accès à la nourriture et aux habitats. Les adultes, qui consomment de grandes quantités de végétation aquatique qui colonise le bord des rivages, peuvent nuire aux œufs de certains poissons et endommager l’habitat des juvéniles. En effet, le grand brochet, le maskinongé, la perchaude et le gaspareau utilisent la végétation poussant sur le bord des rivages comme site de fraie et d’élevage pour leurs petits. En plus de perturber les communautés végétales, le gardon rouge cause, en se nourrissant, le rejet d’une quantité importante de résidus végétaux non assimilés dans l’eau. Cet apport de nutriments pourrait entraîner une augmentation de la croissance des algues, une réduction de la disponibilité en oxygène, une augmentation de la turbidité (eaux moins claires) et une dégradation de la qualité de l’eau.

Prévention et contrôle

Puisqu’il est difficile de contrôler les populations de gardon rouge à la suite de son introduction dans un nouveau milieu, il est très important de prévenir autant que possible sa propagation vers d’autres cours d’eau.

L’utilisation et le commerce de poissons appâts, en particulier le déversement des seaux d’appâts dans les plans d’eau, constituent le premier vecteur de propagation du gardon rouge dans de nouveaux milieux. La nouvelle réglementation en vigueur depuis le 1er avril 2017 a pour but de réduire l’ensemble des risques liés à l’utilisation des poissons appâts. Il est dorénavant :

  • interdit d’utiliser des poissons appâts vivants partout au Québec. Cette mesure concerne uniquement les quatre zones de pêche où cette pratique était toujours permise, soit une partie de la zone de pêche 7 ainsi que les zones 8, 21 et 25. Ces deux dernières correspondent respectivement au fleuve Saint-Laurent et à la rivière des Outaouais;
  • interdit d’utiliser des poissons appâts morts en saison estivale partout au Québec. Cette mesure a été annoncée en 2012.

L’utilisation des poissons appâts morts en hiver demeure permise dans certaines zones de pêche du Québec où cette pratique était déjà autorisée (voir carte ).