Le gobie à taches noires (Neogobius melanostomus)

Statut

Espèce envahissante préoccupante, présente au Québec.

Description

Le gobie à taches noires (Neogobius melanostomus), ou gobie arrondi, appartient à l’une des familles de poissons les plus nombreuses sur la planète : les gobiidés. Comme son nom l’indique, cette espèce est caractérisée par une tache noire sur la première nageoire dorsale (dégradée de vert quelquefois) qui la distingue notamment d’une espèce proche, le gobie à nez tubulaire (Proterorhinus marmoratus). La coloration du gobie à taches noires est majoritairement gris ardoise et parsemée plus ou moins abondamment de taches grises ou brunes. L’espèce est aussi facilement identifiable par ses yeux globuleux et proéminents. Les nageoires pelviennes, soudées en forme de ventouse pour permettre au poisson de s’accrocher au fond, n’en forment qu’une seule, ce qui est représentatif de cette espèce. Les adultes mesurent généralement entre 8 et 15 cm, mais ils peuvent atteindre 25 cm.

© Donna Francis, Ministère du Développement Durable, de l’Environnement et des Parcs

Allure générale et principales caractéristiques pour identifier un gobie à taches.

Espèces similaires

Les nageoires pelviennes soudées permettent de distinguer les gobies des espèces les plus semblables, les chabots. Bien que celui-ci ne soit pas présent dans nos eaux, le gobie à nez tubulaire, une autre espèce envahissante, peut aussi être confondu avec le gobie à taches noires, mais le nez tubulaire n’a pas de taches noires sur la première nageoire dorsale et, comme son nom l’indique, il possède des narines en forme de tube.

Habitat

Le gobie à taches noires est un poisson benthique, ce qui signifie qu’il se tient au fond des plans d’eau où il se nourrit de larves d’insectes, d’œufs de poissons, de moules zébrées ou d’autres petits bivalves. Il tolère diverses profondeurs, mais il fréquente de préférence les berges. Ce poisson évolue surtout sur des substrats rocheux qui lui offrent de précieux abris, sans être pour autant restreint à ce type d’habitats. On le trouve dans les rivières et les lacs, supportant une eau douce et même légèrement salée.

Reproduction

La maturité sexuelle des gobies survient après l’âge de 1 ou 2 ans chez les femelles, et vers 3 ou 4 ans chez les mâles. Les gobies mâles établissent un territoire au printemps qu’ils défendront activement pour attirer les femelles et frayer. Comme chez les autres gobies, les mâles à taches noires utilisent de nombreux signaux visuels (postures, changement de couleur) et acoustiques pendant la reproduction. Ils ont notamment développé un système très performant de « messages » à l’aide de phéromones (substances chimiques) afin de s’approprier les femelles gravides. Le gobie a la capacité de se reproduire plusieurs fois (jusqu’à 6 fois) pendant la saison de reproduction qui s’étend d’avril à septembre. De 500 à 3 000 œufs adhésifs par ponte sont alors déposés par la femelle sur un substrat dur et sont ensuite gardés par le mâle pendant 2 à 3 semaines jusqu’à l’éclosion.

Historique de son introduction et principaux vecteurs de propagation

Le gobie à taches noires a été introduit accidentellement par les eaux de lest des navires. Il s’agit d’une espèce originaire des mers d’Azov, d’Aral, Caspienne et Noire (Bassin Ponto-Caspien) et de l’Asie. Depuis sa découverte dans la rivière Sainte-Claire en 1990, ce poisson a rapidement colonisé les Grands Lacs et s’est répandu dans le fleuve Saint-Laurent, où il a été découvert en 1997. Au Québec, on le trouve principalement dans le fleuve Saint-Laurent, à partir de la frontière de l’Ontario jusqu’à Québec. En 2009, un spécimen a été répertorié près de Rivière-Ouelle, alors que le gobie n’avait jamais été observé en aval de Montmagny auparavant. Jusqu’à présent, la présence du gobie à taches noires n’a pas été rapportée dans les eaux intérieures, mais s’il s’y installait, les conséquences pourraient être désastreuses pour les populations de poissons indigènes.

© Eric Engbretson, Service de la Faune des États-Unis

Un gobie à taches noires sur un lit de moules zébrées, une autre espèce introduite dont le gobie est un prédateur.

Distribution connue

Le gobie à taches noires se trouve dans les cinq Grands Lacs et il a été signalé dans plusieurs États des États-Unis. Les résultats préliminaires d’un échantillonnage réalisé à l’été 2009 dans le fleuve Saint-Laurent démontrent que l’importance relative du gobie à taches noires a énormément progressé par rapport à 2007. L’évolution de la répartition de ce petit poisson sera suivie attentivement.

Impacts de son introduction

Le gobie à taches noires peut nuire considérablement aux écosystèmes aquatiques de l’Amérique du Nord, ainsi qu’aux pêches sportive et commerciale. Cette espèce très agressive peut évincer les poissons indigènes en mangeant leurs œufs et leurs jeunes, et contribue activement à la réintroduction, dans la chaîne alimentaire, de contaminants concentrés dans les moules zébrées (Dreissena polymorpha). En effet, l’abondance des moules zébrées et des moules quaggas (Dreissena bugensis), d’autres espèces aquatiques envahissantes, produit une grande quantité de nourriture pour les gobies à taches noires favorisant leur expansion. Finalement, ce petit envahisseur est susceptible d’être porteur de la septicémie hémorragique virale, une maladie infectieuse causée par un virus qui peut être transmise à d’autres espèces et entraîner la mort des poissons infectés. Le gobie à taches noires peut ainsi avoir des répercussions majeures sur le réseau alimentaire aquatique et la qualité de la pêche.

Prévention et contrôle

Le niveau de préoccupation du gobie à taches noires étant désormais élevé, il est essentiel que les pêcheurs sportifs et commerciaux, ainsi que les professionnels des pêcheries, apprennent à le reconnaître. Les pêcheurs à la ligne sont aussi concernés, car ils sont souvent les premiers à découvrir sa présence lorsque ce poisson vorace mord à leurs hameçons. Il est essentiel de poser des gestes préventifs et le Ministère sollicite l’aide des pêcheurs afin d’identifier les nouveaux sites de colonisation et d’empêcher l’expansion de cette espèce nuisible. Vous pouvez contribuer à prévenir l’envahissement de cette espèce nuisible en appliquant les méthodes de prévention et de contrôle qui s’imposent pendant les activités de pêche et de loisir.

Information complémentaire