La petite corbeille d’Asie (Corbicula flumina)

Statut

Espèce potentiellement envahissante, présente au Québec.

Description

La petite corbeille d’Asie est un petit bivalve de la famille des corbiculidae, seul représentant de sa famille en Amérique du Nord. Sa coquille est de forme triangulaire, plutôt symétrique et renflée, avec un sommet dépassant nettement la charnière et des anneaux de croissance saillants. Sa taille est généralement inférieure à 3 cm, bien que certains individus puissent atteindre 5 cm. L’extérieur de sa coquille a une coloration variant entre le jaune, l’ocre, le kaki et le brun foncé. Sa nacre est blanche, avec ou sans taches mauves. Ses longues dents latérales striées situées de chaque côté de la charnière permettent de la distinguer des autres espèces de bivalves d’eau douce. L’espèce a un siphon extensible qui lui permet de s’enfouir dans les sédiments et de pouvoir s’alimenter. Elle se déplace grâce à son pied rétractile.

© AQUARIUS – Pascal Stucki, 2008

Vue de profil de C. fluminea permettant de voir le siphon.

Espèces similaires

Les Corbicula fluminea de petite taille peuvent être facilement confondues avec des bivalves de la famille des Sphaeridae tel les pisidies ou les sphaeries. Les dents latérales longues et striées de Corbicula fluminea ainsi que l’ensemble de ses caractéristiques externes permettent de les discriminer des autres espèces de bivalves. Corbicula fluminalis est une espèce très semblable à C. fluminea. Les différences résident dans le nombre de nervures par centimètre et dans le rapport longueur/largeur. Pour le moment cette C. fluminalis est présente en Europe, mais non en Amérique.

© André Martel

Vue interne de la coquille sur laquelle on observe les dents latérales de chaque côté de la charnière

Habitat

Dans son aire de répartition naturelle, la petite corbeille d’Asie est généralement associée aux rivières et aux lacs sédimentaires. À la suite de son introduction, elle est parvenue à coloniser différents types de cours d’eau, rivières, ruisseaux ou lacs autant oligotrophes qu’eutrophes. Cette espèce nécessite néanmoins un environnement riche en oxygène et elle préfère généralement les substrats comme la vase ou le sable, mais elle se retrouve également dans le gravier et même sur les surfaces rocheuses. La petite corbeille d’Asie est une espèce d’eau douce, mais elle peut tolérer une salinité allant jusqu’à 1,0 à 1,7 % de même qu’un environnement plutôt acide avec une limite de pH variant autour de 5,6. En fait, son principal facteur limitant est la température de l’eau, car elle survit difficilement sous des températures de 2° C. Sa croissance et son développement s’effectuent à partir de 10-11° C. Dans les régions plus froides, C. fluminea est généralement restreinte aux secteurs chauffés par les rejets d’eau des centrales de production d’électricité, soit nucléaires ou thermiques.

Reproduction

Corbicula fluminea est une espèce hermaphrodite, c’est-à-dire que la fertilisation peut se faire entre deux individus, mais qu’un seul individu est également capable de s’autofertiliser en produisant simultanément des œufs et du sperme. Une telle caractéristique est très significative, la présence d’un seul individu étant suffisante pour établir une population viable. Ce bivalve peut produire jusqu’à 35 000 juvéniles par année soit plus de 100 000 durant sa vie entière. Les juvéniles sont seulement longs de 250 µm lorsqu’ils sont relâchés. Ils ont une coquille en forme de D avec un byssus complètement développé qui leur permet de s’attacher à différents substrats. La dispersion des juvéniles se fait avec le courant, car ils peuvent se maintenir en suspension dans la colonne d’eau. Les juvéniles prennent entre 3 et 9 mois avant d’atteindre leur maturité sexuelle, sur une durée de vie totale de 1 à 5 ans. La reproduction s’effectue à une température de plus de 15° C à raison de deux reproductions par année (bivoltin), bien que cela puisse changer selon les écosystèmes.

Historique de son introduction et principaux vecteurs de propagation

La première mention de l’espèce en Amérique du Nord remonte à 1924, lors de la découverte de coquilles vides à Nanaimo, sur l’île de Vancouver en Colombie-Britannique. La première population vivante fut toutefois découverte en 1938 dans le bassin de la rivière Columbia, dans l’État de Washington. À partir de 1953, l’espèce était déjà considérée comme une nuisance en Amérique du Nord et, en 1970, elle couvrait près de 2 000 km linéaires de cours d’eau aux États-Unis. En Europe, ce bivalve fut introduit à partir du Portugal en 1970, et il se propagea rapidement en France (1980), en Allemagne (1990), en Angleterre (1990) et, plus récemment dans plusieurs pays d’Europe de l’Est (2000), malgré des hivers plus froids. On retrouve aussi la petite corbeille d’Asie en Amérique du Sud.

© Amy J. Benson, US Geological survey

Distribution de Corbicula fluminea en Amérique du Nord. Récemment, des populations de C. fluminea ont été découvertes dans un système lacustre près de Victoria, sur l’île de Vancouver (Colombie-Britannique) établissant la limite nord-ouest de sa répartition en Amérique. À cet endroit, le climat est toutefois plus clément que dans l’est du Canada. Jusqu’à tout récemment, les populations les plus nordiques recensées dans le nord-est de l’Amérique étaient celles du lac Érié (1981), du lac Sainte-Claire au Michigan (1986), et dans le canal Champlain du lac Champlain à New York (2008). C’est à l’été 2009 que furent découverts les premiers spécimens de la petite corbeille d’Asie au Québec, et la présence d’une population établie a été confirmée l’automne suivant. Cette population est située en aval de la centrale nucléaire Gentilly-2 et bénéficie de ses rejets d’eau chaude, similairement à d’autres populations situées à la limite nord de répartition de l’espèce. La détection d’une population de la petite corbeille d’Asie dans la portion fluviale du Saint-Laurent représente la mention la plus nordique de cette espèce dans l’est de l’Amérique du Nord. Le Ministère et l’Université McGill poursuivent d’ailleurs leur travaux en vue de documenter davantage l’étendue de cette population et d’identifier la présence possible d’autres populations. Plusieurs facteurs peuvent avoir causé l’introduction et la dispersion de C. fluminea en Europe et en Amérique. D’abord l’espèce peut avoir voyagé par les eaux de leste transportées dans les ballasts des navires comme de nombreuses autres espèces en Amérique. Par contre, cette espèce pourrait aussi avoir été introduite par l’aquariophilie, les étangs ornementaux (l’espèce est souvent utilisée pour favoriser la clarté de l’eau dans les aquariums ou étangs) l’utilisation d’appâts pour la pêche ou la consommation humaine. Ces causes sont suspectées pour certaines introductions dont le cas de l’île de Vancouver. La petite corbeille d’Asie possédant un byssus au stade juvénile (environ 2 mois) lui permettant de se fixer aux objets durs tels les roches et les autres mollusques. Elle pourrait ainsi durant cette période se fixer aux bateaux ou autres embarcations, et même aux plumes ou aux pattes des oiseaux. La facilité qu’a cette espèce à se disperser durant son stade larvaire pélagique ou véligère est un facteur de dispersion secondaire important, sans doute responsable de la magnitude de son invasion, tel que ce fût le cas pour les moules zébrées et les moules quaggas.

Distribution connue

Dans son aire de répartition initiale, la petite corbeille d’Asie était confinée à l’Asie, l’Afrique et l’Australie. On la retrouve maintenant sur quatre des cinq continents du globe, incluant les deux Amériques. En Europe elle s’étend maintenant du Portugal à la Roumanie et jusqu’en Angleterre au Nord. L’espèce est présente dans la plupart des États américains, à l’exception de ceux du centre nord. Sa présence au Canada est encore très peu répandue et les seules mentions connues sont celles de la Colombie-Britannique en 2008 et du Québec en 2009, dans le secteur de Gentilly.

Impacts de son introduction

Contrairement aux moules zébrées, la petite corbeille d’Asie est un bivalve solitaire qui s’enfouit dans les sédiments. Elle ne modifie donc pas la surface du sol résultant en un impact moindre pour les communautés benthiques (vivant dans le fond des cours d’eau). L’impact écologique le plus important de cette espèce est lié à son immense capacité de filtration qui contribue à diminuer l’abondance du phytoplancton dans la colonne d’eau. La petite corbeille d’Asie entre ainsi en compétition directe avec les autres espèces de moules filtrantes (Unionidae) et elle peut entraîner une modification dans la chaîne alimentaire, car une diminution du plancton affectera le zooplancton et ultimement les espèces de poissons qui s’en nourrissent. L’action filtrante de C. fluminea augmente la transparence de l’eau, ce qui peut faciliter la prédation sur les larves ou juvéniles de poissons indigènes, favoriser la croissance des plantes aquatiques et ainsi aboutir à une modification de l’habitat. La petite corbeille d’Asie a aussi la capacité d’encrasser les systèmes de drainage et de bloquer les conduits d’eau. Cette espèce a d’ailleurs entraîné des dommages de plusieurs millions de dollars en colmatant les tuyaux de plusieurs industries aux États-Unis. Dans les centrales thermiques ou nucléaires, auxquelles elle est fréquemment associée, les coquilles peuvent bloquer les systèmes d’échange de chaleur utilisé pour le refroidissement, entraînant un risque pour la sécurité.

Prévention et contrôle

Comme pour la majorité des espèces exotiques, la prévention demeure le meilleur moyen de lutte contre la petite corbeille d’Asie. Une fois que l’espèce a colonisé un nouveau secteur, il existe bien peu de méthode pour s’en débarrasser. Ainsi, lors de déplacements, il importe de s’assurer de ne pas contaminer d’autres plans d’eau à partir de ceux déjà contaminés. Des juvéniles ou des larves de cette espèce peuvent facilement voyager sur les embarcations ou à partir d’eau contaminée. Certains moyens peuvent permettre un certain contrôle des populations ou, du moins, limiter les dégâts une fois qu’une population est établie. Par exemple, au lac Tohae en Californie, certaines méthodes ont été expérimentées pour contrôler les densités de l’espèce, dont l’aspiration par succion ou l’asphyxie par bâche de plastique. Pour réduire l’impact de Corbicula sur les industries, il est parfois possible d’utiliser un molluscicide, mais une telle substance aurait aussi un impact sur les autres mollusques indigènes de l’écosystème. Évidemment, de telles méthodes ont une efficacité limitée et sont seulement applicables à petite échelle et en milieu fermé. Au Québec, le principal facteur permettant de limiter les densités des populations de la petite corbeille d’Asie est la température de l’eau du fleuve Saint-Laurent qui, durant certaines périodes de l’hiver, descend sous le seuil acceptable pour cette espèce. À moins que cette espèce ne parvienne à s’adapter aux froides températures de l’eau en hiver, il est attendu que sa répartition devrait se limiter aux sources d’eau chaudes. Vous pouvez contribuer à prévenir l’envahissement de cette espèce nuisible en appliquant les méthodes de prévention et de contrôle qui s’imposent pendant les activités de pêche et de loisir.

Information complémentaire