Tortue à oreilles rouges (Trachemys scripta elegans)

Statut

Espèce potentiellement envahissante, présente au Québec.

Description

La tortue à oreilles rouges (ou trachémyde à tempes rouges) doit son nom à la présence d’une tache rougeâtre ou orange derrière chaque œil. La peau de la tête, du cou, ainsi que des membres est verdâtre et striée de lignes jaunes. Cette espèce possède une carapace ovale et relativement bombée, dont la partie supérieure (la dossière) est de couleur brun olive, et parcourue de lignes jaunes. Le plastron (partie inférieure de la carapace) est jaune et généralement marqué de grandes taches noires sur chacune des écailles. La coloration de certains mâles adultes (et occasionnellement des femelles) devient parfois plus sombre en vieillissant, le jaune et le rouge étant remplacés par des pigments bruns et noirs. La taille des adultes varie entre 10 et 40 cm.

© courtoisie de Alan et Elaine Wilson, www.naturespicsonline.com  (site en anglais)

Tortue à oreilles rouges.

Espèces similaires

Parmi les huit espèces de tortues d’eau douce au Québec, la tortue peinte (Chrysemys picta) est la plus susceptible d’être confondue avec la tortue à oreilles rouges, mais la présence des taches rougeâtres chez la dernière et le patron de la dossière (partie supérieure de la carapace), lisse et foncée chez la tortue peinte, permet de distinguer les deux espèces. On remarque l’absence de marques noires sur le plastron.

Habitat

La tortue à oreilles rouges est un reptile d’eau douce qui fréquente les cours d’eau calmes et lents, les étangs, les lacs et les marais. Puisque la tortue est un animal ectotherme, c’est-à-dire que la température de son corps dépend de la température ambiante, elle recherche des zones de chaleur et se repose fréquemment au soleil à la surface de l’eau ou sur des perchoirs (roches, billes de bois) afin d’optimiser sa température interne et faire ses activités quotidiennes. Sa capacité maximale d’activités est atteinte à des températures oscillant autour de 25 à 30°C, mais la tortue peut tolérer des températures jusqu’à 42°C et elle a déjà été observée en train de nager sous la glace. La tortue à oreilles rouges peut être active tout au long de l’année dans le sud de son aire de distribution. Au Québec, elle passe toutefois l’hiver en hibernation au fond des étangs.

Reproduction

Le comportement de parade de la tortue à oreilles rouges est très ritualisé : le mâle nage en avant de sa partenaire potentielle, se retourne dans l’eau pour lui faire face et étire ses pattes antérieures, les palmes étirées. La femelle s’immobilise et le mâle commence à la titiller en faisant vibrer ses griffes le long de la tête. La femelle ferme ses yeux lorsqu’elle est prête à s’accoupler. Aux États-Unis, d’où elle est native, la période de nidification a généralement lieu entre avril et août, avec un pic pendant les mois de mai et juin. Les femelles peuvent pondre entre une et cinq fois par année avec une moyenne de 6 œufs par ponte, représentant environ 30 œufs pondus par saison de reproduction. La taille de la couvée varie en fonction de la taille et de la masse de la femelle. Les œufs sont déposés dans un nid creusé dans le sol et judicieusement choisi pour fournir un environnement thermique stable pour le développement. La durée d’incubation dépend de la température ambiante mais, généralement, l’éclosion se produit après 60 à 80 jours. Le climat du Québec limite généralement les tortues à une seule ponte par année. La maturité sexuelle est atteinte à partir d’une taille critique qui varie grandement selon les conditions environnementales. En moyenne, les mâles atteignent cette maturité lorsqu’ils mesurent entre 10 et 15 cm, tandis que les femelles doivent mesurer au moins 15 à 17 cm.

Distribution connue

Au Québec, bien que cette espèce exotique se trouve à sa limite septentrionale, soit le plus au nord de sa répartition géographique, elle est capable de survivre aux hivers québécois en hibernant. Jusqu’à maintenant, l’espèce ne semblait pas pouvoir se reproduire et élever des jeunes viables. Cependant, en 2010, des observations de ponte ont été rapportées dans la région de Montréal. Des conditions climatiques favorables, avec des printemps plus hâtifs et plus chauds par exemple, pourraient permettre à cette espèce de se reproduire et ainsi de se répandre dans nos régions. Peu de suivis scientifiques sont encore disponibles sur cette espèce, mais les récentes découvertes de sites de pontes inquiètent la communauté scientifique. L’aide des citoyens est vivement sollicitée afin de communiquer toute observation de cette espèce dans les milieux naturels à l’Atlas des amphibien reptile du Québec (AARQ) aarq@ecomuseum.ca.

Historique de son introduction et principaux vecteurs de propagation

La tortue à oreilles rouges est native du bassin du Mississipi. Elle est vite devenue la tortue vedette dans le commerce des tortues domestiques. Entre 1989 et 1997, plus de 52 millions d’individus étaient exportés des États-Unis dans les magasins d’aquariophilie. Cette espèce est devenue très populaire à cause de sa petite taille, ses exigences peu contraignantes pour l’élevage et son coût négligeable. Peu de propriétaires réalisent que cette espèce peut dépasser les 40 cm de longueur à l’âge adulte et vivre plus de 50 ans en captivité. Plusieurs propriétaires ont donc relâché dans les étangs urbains leurs tortues de compagnie, une fois devenue trop grosse, favorisant ainsi l’établissement de cette espèce dans de nombreuses zones humides. Elle est ainsi devenue, et de loin, l’espèce de tortues non indigène la plus introduite à travers le monde entier. La libération intentionnelle ou accidentelle de ces animaux d’aquarium et de jardins d’eau dans les plans d’eau publics représente la voie d’entrée principale de cette espèce dans les réseaux hydrographiques. Tant que ces pratiques se poursuivront, il y a aura de nouveaux risques d’introduction.

Impacts de son introduction

La tortue à oreilles rouges est capable de causer des déséquilibres dans les habitats qu’elle colonise facilement, car il s’agit d’une espèce très tolérante qui peut s’établir rapidement dans de nouveaux milieux. Elle peut ainsi tolérer les eaux saumâtres et survivre dans les canaux d’irrigation et les étangs urbains. De plus, son régime alimentaire omnivore, composé de plantes aquatiques et de petits animaux (insectes, invertébrés, têtards, poissons, œufs de grenouilles), en font un redoutable envahisseur, capable d’affecter de nombreuses populations et communautés animales et végétales. Les tortues à oreilles rouges sont aussi des compétiteurs agressifs avec les autres espèces de tortues indigènes pour l’habitat, particulièrement les sites de ponte et de bain de soleil, et la nourriture. Ainsi, dans les endroits où des populations se sont établies, la tortue à oreilles rouges présente un avantage compétitif sur les espèces indigènes de tortues, car l’âge de maturité est plus précoce, le taux de fécondité est plus élevé et la taille corporelle est plus imposante à l’âge adulte. Par exemple, en France, la tortue à oreilles rouges menace sérieusement les populations de cistude d’Europe (Emys orbicularis), une espèce de tortue en danger d’extinction.

Malgré son occurrence et les alertes soulevées à travers le monde, les impacts de la tortue à oreilles rouges sur les écosystèmes sont encore mal cernés. Au Québec, il est crucial de prévenir la propagation de cette espèce qui pourrait compromettre les populations de tortues indigènes alors que 6 des 8 espèces présentes dans nos régions sont déjà en situation précaire.

© courtoisie de Alan et Elaine Wilson www.naturespicsonline.com  (site en anglais)

Deux tortues à oreilles rouges, appelées faussement tortues de Floride, prenant un bain de soleil. Cette activité fréquente est vitale car cet animal a besoin d’une source de chaleur externe pour réguler la température de son corps.

Prévention et contrôle

Plusieurs pays dans le monde ont pris la mesure draconienne d’interdire l’importation de cette espèce. Au Québec, le commerce est autorisé et les risques de propagation de la tortue à oreilles rouges sont associés à la libération accidentelle, mais surtout volontaire, de cette espèce lorsqu’un propriétaire ne souhaite plus avoir cet animal domestique chez lui.

Vous pouvez contribuer à prévenir l’envahissement de cette espèce nuisible en appliquant les méthodes de prévention et de contrôle qui s’imposent pendant les activités de pêche et de loisir.

Si vous localisez une tortue à oreille rouge, signalez toute observation dans un milieu naturel Atlas des Amphibien Reptile du Québec (AARQ) afin d’identifier les sites de dispersion de l’espèce. Vous pouvez signaler votre observation par courrielen ligne  ou par la poste .

Information complémentaire

  • Habitattitude  – Étude de cas – Tortue à oreilles rouges