Mesures pour protéger les caribous de Charlevoix et de Val-d’Or à l’hiver 2020

Les caribous de Charlevoix et de Val-d’Or : deux populations en situation très précaire

Les populations de caribous forestiers de Charlevoix et de Val-d’Or sont dans une situation critique. Au dernier inventaire, en 2019, la population de caribous forestiers de Charlevoix comptait 31 individus. Pour sa part, au dernier dénombrement, en 2016, la population de caribous forestiers de Val-d’Or était estimée à 18 individus.

Plusieurs facteurs sont responsables du déclin du caribou forestier, dont la modification de son habitat par l’aménagement forestier. Le rajeunissement de la forêt favorise notamment la présence de jeunes arbres feuillus, créant un milieu propice pour l’orignal. Une plus grande abondance d’orignaux dans les habitats perturbés (coupes forestières, feux de forêt, épidémies d’insectes) se traduit par une présence accrue de loups gris. Ce faisant, le risque de prédation pour le caribou augmente. De plus, les perturbations de l’habitat favorisent la production de petits fruits, contribuant, par le fait même, à l’abondance d’ours noirs, un prédateur, durant la période au cours de laquelle les caribous ont leurs petits. Finalement, les routes et chemins en milieu forestier facilitent le déplacement des prédateurs du caribou.

Maintien des meilleurs habitats du caribou 

Compte tenu du statut d’espèce vulnérable au Québec et d’espèce menacée au Canada du caribou, plusieurs mesures d’aménagement adaptées à son habitat sont déjà mises en œuvre par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) dans le but de maintenir les meilleurs habitats de l’espèce.

Charlevoix

Le MFFP a mis en place le Plan d’aménagement forestier de l’habitat du caribou forestier de Charlevoix 2013-2023 pour conserver des forêts favorables au caribou et diminuer les perturbations de l’habitat liées à l’aménagement forestier. Ce plan faisait suite à celui de 2006. Des superficies ont été ajoutées au printemps dernier afin de conserver et de restaurer l’habitat du caribou d’ici l’adoption de la Stratégie pour les caribous forestiers et montagnards, qui définira les mesures qui seront prises à long terme.

Val-d’Or

Depuis plus de dix ans, un plan d’aménagement forestier pour l’habitat du caribou forestier de Val-d’Or est également en place. Il a pour but de limiter les coupes forestières et de favoriser le maintien de la dominance des forêts résineuses dans l’habitat du caribou forestier. Il a été reconduit pour la période 2018-2023. La restauration de l’habitat fréquenté par le caribou de Val-d’Or est en cours.

Abattage ciblé des loups problématiques durant l’hiver : une mesure qui favorise la survie des caribous en attendant que leur habitat soit restauré

D’ici à ce que l’habitat forestier soit restauré, des mesures doivent également être mises en œuvre pour assurer le maintien des populations de caribous de Charlevoix et de Val‑d’Or. La situation critique de ces deux populations de caribous impose toutefois de mener d’autres interventions dès cet hiver : un abattage ciblé des loups problématiques pour assurer à court terme la survie des caribous. La récolte, qui peut aller jusqu’à une dizaine de loups cet hiver (au besoin), est une mesure exceptionnelle et temporaire pour éviter que la situation du caribou des deux populations ne se dégrade davantage. Les nations huronne-wendat et algonquine du lac Simon collaboreront à cette mesure.

Il s’agit d’une mesure de gestion ponctuelle permettant de diminuer la pression de prédation sur les caribous de Charlevoix et de Val-d’Or, durant une période où la vulnérabilité des caribous adultes est élevée. Les opérations de contrôle ne visent pas un abattage massif et systématique. Elles portent uniquement sur l’abattage des loups qui menacent le caribou et ne seront menées que dans le cas où des loups s’approcheraient trop près des hardes de caribous. Le MFFP est en mesure d’évaluer la proximité entre les meutes de loups et les caribous grâce à des colliers télémétriques posés sur les loups et les caribous. De cette manière, les loups seraient abattus seulement lorsque le risque de prédation sur les caribous serait trop élevé.

Il est très difficile de capturer des loups vivants. Advenant le cas où une capture serait effectuée, il faudrait déplacer le loup suffisamment loin pour éviter qu’il ne revienne dans son territoire. Cette espèce ayant un comportement très territorial, son déplacement dans un nouveau territoire compromet sérieusement sa survie, notamment en raison de la présence d’autres meutes. Enfin, la capture de loups vivants, à l’aide de cages ou de pièges à rétention, n’est pas une méthode permettant de cibler les loups problématiques.

Finalement, les taux de récolte des loups sur le territoire fréquenté par les caribous de Charlevoix et de Val-d’Or sont inférieurs au nombre qu’il est possible de récolter pour assurer une gestion durable de la population de cet animal à fourrure. Les populations de ce prédateur ne sont donc pas menacées dans ces deux régions et les mesures menées cet hiver n’altéreront pas la santé de celles-ci.