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Poisson rouge dans un bocal. © Marko Milivojevic.

Pleins feux sur… le poisson rouge, une espèce exotique envahissante, et les aventures de Bernard

Tu déménages dans une autre ville et tu ne peux pas amener ton poisson rouge avec toi? Tu t’en vas en vacances et tu n’as personne pour s’occuper de ton poisson pendant ton absence? Tu penses avoir une bonne idée en allant le libérer dans un petit lac près de chez toi? Savais-tu que le poisson rouge est considéré comme une espèce exotique envahissante et que l’humain est la principale source de son introduction?

On me nomme Bernard et je suis un poisson rouge (Carassius auratus)

Bernard le poisson rouge

Bernard le poisson rouge. © MFFP.

Jusqu’à maintenant, je menais une vie paisible dans un joli aquarium bien aménagé. Je ne manquais de rien, on me nourrissait chaque jour et on nettoyait mon environnement régulièrement. Un jour, mon existence a bien failli basculer complètement. Emma et Jules, les enfants qui s’occupent si bien de moi, semblent m’emmener en balade quelque part. Je comprends finalement que ce n’est pas une simple balade. Ils parlent de me relâcher dans le lac du petit boisé. Un déménagement en Europe serait la cause de cette idée complètement saugrenue.

Heureusement, Roberto, un agent de protection de la faune qui patrouillait dans le secteur, est intervenu au bon moment. Il a expliqué aux enfants que ce n’était pas du tout une bonne idée de me relâcher dans la nature. Il a parlé d’espèce exotique envahissante (EEE). Au début, je n’ai pas bien compris. Comment moi, un simple poisson rouge, puis-je devenir une espèce envahissante?! Mais grâce à ses explications, tout est plus clair maintenant. Tu peux lire mes aventures dans la bande dessinée : Le destin de Bernard .

Qu’est-ce qu’une espèce exotique envahissante?

D’abord le mot « exotique » fait référence à une espèce introduite dans un milieu qui est en dehors de l’endroit où on la trouve habituellement. Qu’il s’agisse de plantes, d’animaux ou de bactéries, dès qu’une espèce est introduite à l’extérieur de son aire de répartition géographique naturelle, on la considère comme exotique. Rien à voir ici avec l’exotisme des pays chauds!

Poissons rouges dans un cours d'eau du Québec

Poissons rouges dans un cours d’eau du Québec. © MFFP.

Ensuite, le mot « envahissante » implique que l’augmentation et la propagation de l’espèce introduite constituent une menace pour l’environnement, l’économie ou la société. Au Québec, le poisson rouge est considéré comme une espèce exotique envahissante. En gros, ça veut dire que mon espèce s’est établie dans certains cours d’eau, ce qui est une situation préoccupante.

 

 

 

D’où proviennent les poissons rouges que l’on trouve dans les cours d’eau du Québec?

Il n’y a aucun doute possible, les sources d’introduction de poissons rouge sont d’origine humaine, qu’elles soient volontaires ou non. Les poissons rouges trouvés dans les cours d’eau au Québec proviennent d’aquariums ou encore de jardins d’eau et ils ont été relâchés par des humains insouciants.

Les poissons rouges peuvent survivre dans la nature au Québec

Je me demande quand même comment moi, un simple petit poisson rouge d’aquarium, peut survivre dans la nature et devenir une menace pour l’environnement. En fait, il semblerait que nous possédons plusieurs caractéristiques qui font en sorte que nous avons un parfait profil de conquérant! Nous sommes très résistants et nous avons une excellente capacité d’adaptation à divers milieux : rivières, étangs, lacs ou fossés, peu importe la taille, on s’accommode de tout. On tolère aussi de grandes variations de la température de l’eau : chaude ou froide, on peut facilement vivre avec le climat rigoureux du Québec. Même si l’eau est brouillée et que la quantité d’oxygène dans l’eau est faible, rien ne nous arrête. Bref, nous tolérons de l’eau de mauvaise qualité, et nous pouvons même survivre dans les zones polluées. De plus, nous avons une croissance rapide et un taux de reproduction élevé. Dans la nature, on peut facilement vivre de six à sept ans en moyenne et atteindre une taille pouvant aller jusqu’à 50 cm. Wow!

Il y a des poissons rouges dans les cours d’eau du Québec. Et puis après? Je suis si petit, ma présence devrait donc passer inaperçue…

Centaines de petits poissons rouges capturés avec une épuisette dans un cours d’eau du Québec

Centaines de petits poissons rouges capturés avec une épuisette dans un cours d’eau du Québec. © MFFP.

Effet négatif des poissons rouges

On ne fait peut-être pas beaucoup de vagues en nageant, mais nos habitudes de vie peuvent modifier et détériorer de manière importante l’habitat autour de nous. Nous bouleversons les écosystèmes, ce qui peut avoir des effets négatifs sur les autres êtres vivant dans ce milieu.

Augmentation de la turbidité de l’eau

Poissons rouges capturés dans un cours d'eau du Québec

Poissons rouges capturés dans un cours d’eau du Québec. © MFFP.

Tout d’abord, je suis un poisson omnivore, ce qui veut dire que mon alimentation est diversifiée : plantes, algues, plancton ainsi que larves et œufs de plusieurs espèces. À la recherche de nourriture, je plonge tête première dans la vase et je remue la boue au fond des cours d’eau afin de déraciner les plantes. J’augmente ainsi la turbidité de l’eau. La turbidité, c’est un peu l’équivalent de la clarté de l’eau. Une eau turbide est une eau qui nous paraît trouble ou brouillée, car elle contient beaucoup de matières en suspension, comme des particules de boue par exemple. Plus l’eau est brouillée, moins les plantes aquatiques reçoivent de lumière, ce qui peut nuire à leur croissance normale. L’augmentation de la turbidité de l’eau peut aussi rendre plus difficile la recherche de nourriture pour les espèces de poissons indigènesIndigène : espèce vivant naturellement au Québec.. De plus, l’abondance de matières en suspension dans l’eau peut obstruer les branchies des poissons et nuire au développement des œufs et des larves de nombreuses autres espèces.

Compétition avec les espèces indigènes

Bernard le glouton

Bernard le glouton. © MFFP.

En consommant des œufs et des larves, j’entre en compétition avec les espèces animales indigènes (poissons, grenouilles, salamandres, etc.) qui peuplent normalement les cours d’eau. Je les prive ainsi de leur source habituelle de nourriture. Petit poisson deviendra grand! Eh oui, tu as sûrement déjà entendu ce vieil adage. Puisque les poissons rouges relâchés dans la nature peuvent atteindre des tailles impressionnantes, la prédation que l’on exerce sur les œufs et les larves d’espèces indigènes peut avoir des conséquences importantes sur leurs populations. Et que dire de l’impact que l’on peut aussi avoir sur des espèces déjà menacées et vulnérables!

Modification de la relation prédateur-proie

Emma et Jules croyaient m’offrir une vie paisible en me relâchant dans ce lac, mais c’est tout le contraire! En milieu naturel, je devrais être constamment sur mes gardes. Cet endroit est peuplé de prédateurs qui pourraient me trouver alléchant. En servant de nourriture à des poissons plus gros, je pourrais ainsi modifier la relation prédateur-proie dans un écosystème.

Et je ne parle même pas des parasites que je peux transporter. Moi, ils ne me dérangent pas trop, mais ils pourraient rendre malades les espèces indigènes qui n’y sont pas habituées.

Ne jamais relâcher un animal domestique dans la nature

Ça ne fait pas de doute : en aucun temps il ne faut relâcher un poisson rouge (ni aucun autre animal domestique) dans la nature! Il existe de nombreuses solutions si tu ne peux plus me garder à la maison.

D’autres solutions

Offre-moi à un ami, à une école ou à une résidence pour personnes âgées. Pourquoi ne pas passer une petite annonce pour trouver quelqu’un qui serait heureux de m’adopter? Il est aussi possible de faire un don à une animalerie. En dernier recours seulement, il faudra envisager la mise à mort. L’euthanasie demeure une meilleure option que la remise en liberté dans la nature. Consulte un vétérinaire pour connaître la façon la plus efficace de le faire.

Bernard soulagé

Bernard soulagé. © MFFP.

Mon histoire se termine bien. Roberto, l’agent de protection de la faune, est intervenu au bon moment. Alice, une amie de Jules et d’Emma, a accepté de m’adopter. J’aurai la vie sauve et je ne mettrai pas en danger l’équilibre naturel de l’écosystème.

Mais les histoires ne finissent pas toujours bien. En plus des poissons rouges, il y a, au Québec, de nombreuses espèces qui sont considérées comme des espèces exotiques envahissantes (EEE). Tu peux apprendre à les connaître en consultant la page sur les EEE.

La propagation des EEE a de nombreux effets négatifs

Poissons rouges capturés dans un cours d'eau du Québec

Poissons rouges capturés dans un cours d’eau du Québec. © MFFP.

Les effets négatifs de la propagation des EEE sont nombreux. Qu’il s’agisse de la perte de biodiversité ou de la dégradation des habitats, les conséquences peuvent être majeures. Les EEE peuvent aussi être une menace supplémentaire pour les espèces menacées et vulnérables. De plus, les coûts associés au contrôle des EEE peuvent être très élevés. Il y a aussi des conséquences économiques pour les activités comme la pêche commerciale ou la pêche récréative. C’est sans parler des effets possibles sur la santé humaine.

Une fois que l’EEE est bien établie, il est très difficile, voire presque impossible de l’enlever. Les conséquences sont souvent irréversibles. C’est pourquoi Il faut miser sur la prévention et s’informer comme il faut avant d’adopter un animal de compagnie.

Que ce soit un poisson, une tortue, un oiseau, un serpent, un chat ou un chien, il ne faut jamais relâcher un animal domestique dans la nature. Les conséquences pourraient être désastreuses sur plusieurs plans. Vaut mieux envisager d’autres solutions, comme le don pour l’adoption!

Que peux-tu faire si tu vois un poisson rouge ou une autre espèce exotique envahissante dans la nature?

Tu peux t’inscrire au programme Sentinelle . Il s’agit d’un outil qui permet de signaler les observations d’EEE. Les données inscrites sur ce site permettent aux chercheurs d’en apprendre plus sur ces espèces dont la répartition est souvent peu connue. Une détection hâtive d’une EEE peut permettre de mettre en place rapidement des mesures qui limiteront sa propagation. Encore un bel exemple de science citoyenne dans lequel tu peux t’impliquer afin de protéger la biodiversité du Québec.

Il paraît que…

  • L’introduction des EEE n’est pas toujours liée à l’activité humaine. Les EEE peuvent avoir été introduites à la suite de causes naturelles comme des inondations ou des déplacements inhabituels d’animaux dus à des incendies de forêt, par exemple.
  • Selon plusieurs scientifiques, l’introduction d’espèces exotiques serait la deuxième menace pour la perte de la biodiversité, la première menace étant la perte d’habitat.


Pour en savoir plus…

Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques

Les capsules du G3E

Habitattitude